Comptes Rendus
What the Thunder Said: Reflections of a Canadian Officer in Kandahar
Compte rendu de Katherine Doucet
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WHAT THE THUNDER SAID: REFLECTIONS OF A CANADIAN OFFICER IN KANDAHAR
par le lieutenant-colonel John Conrad
Toronto: Dundurn Press, 2009
29,95$ (édition de poche), 239 pages
ISBN 978-1-55488-408-7
Compte rendu de Katherine Doucet
Du début de la mission jusqu’en février 2006, l’effort militaire canadien en Afghanistan s’est déplacé de la région centrale de Kaboul, relativement stable, vers la province de Kandahar, où la brigade multinationale dirigée par le Canada a « relevé sur place » la 173e Brigade aéroportée, Force opérationnelle Bayonet des États‑Unis, et a pris en charge la zone instable du Commandement régional Sud (CR-S). Les dirigeants des forces canadiennes, à Ottawa, ont saisi avec enthousiasme cette occasion de jouer un rôle de meneur au sein de la communauté de l’OTAN. Toutefois, dès leurs premières rencontres avec leurs homologues américains à l’aérodrome de Kandahar (KAF), les dirigeants sur le terrain ont vite compris que cette opération était particulière et qu’elle était beaucoup plus dangereuse que tout ce que le Canada a connu au cours de son histoire récente.
Je n’oublierai jamais le sentiment intense que j’ai ressenti à l’idée de partager un mandat avec le Lieutenant-colonel Ian Hope lorsque nous sommes retournés en Afghanistan en octobre 2005 pour entreprendre les derniers préparatifs en vue de la mission à Kandahar. Allions-nous vraiment guider nos unités, les bataillons canadiens, dans une guerre? Cette possibilité nous semblait incroyable, mais les briefings de transfert des fonctions donnés par nos homologues américains nous ramenaient inlassablement à la triste réalité. On pouvait lire sur tous les visages que cette mission allait comporter d’importants dangers.
~Lieutenant-colonel John Conrad
Le livre What the Thunder Said: Reflections of a Canadian Officer in Kandahar , est un récit très personnel et dramatique des premières expériences de l’Armée de terre canadienne dans le sud de l’Afghanistan. Tandis que la majorité des documents historiques sur la guerre et ses atrocités reflètent souvent le point de vue des soldats de première ligne et de leurs chefs de bataille endurcis, le livre du Lcol Conrad nous offre de façon brillante et honnête le point de vue des héros méconnus sur le champ de bataille moderne – les militaires de la logistique. En tant que commandant de l’élément de soutien national (ESN), l’auteur nous emmène au cœur de son organisation qui, il faut le reconnaître, manque d’effectifs. Il nous présente certains membres de ses troupes et nous raconte leurs expériences les plus poignantes et personnelles. À première vue, le lecteur peut juger que cet ouvrage n’est rien de plus qu’une compilation de souvenirs et d’extraits de journal intime, ce qui n’est pas le cas. En effet, le Lcol Conrad utilise l’approche anecdotique pour démontrer la nécessité pour nos chefs militaires d’apprécier réellement le rôle de la logistique dans les conflits modernes, une lacune qui nuit à nos forces depuis la fin de la guerre de Corée.
Le Lcol Conrad fait une déclaration audacieuse mais juste à propos de l’attitude de l’armée envers ses ressources de soutien, soit les hommes et les femmes des GPM de la logistique et de la santé. Même si elle a toujours fourni un soutien de première qualité avec des ressources minimales, « … la logistique militaire dans les Forces canadiennes n’est pas simplement exclue de l’élite, elle est perçue presque avec dédain… » Ce point de vue présenté dans le livre fait enfin ressortir la pensée profonde de toute une génération de logisticiens et de membres du soutien dont le seul but est d’assurer le succès et la surviabilité des personnes qu’ils servent. Néanmoins, l’auteur montre à quel point ces militaires, bien qu’oubliés et injustement traités pendant des années, étaient engagés et déterminés à apporter le soutien de première ligne, qui est si crucial.
Le champ de bataille a énormément changé au cours des deux dernières décennies, et les lignes avant et arrière traditionnelles ont fait place aux attaques imprévisibles et aux dispositifs explosifs placés au hasard, qui peuvent prendre une vie n’importe où, n’importe quand, dans l’ensemble du pays. Le Lcol Conrad dépeint très nettement les nouveaux défis et dangers auxquels fait face le personnel de soutien qui se déplace au sein de lents convois à travers des territoires hostiles pour approvisionner les troupes et récupérer les véhicules endommagés.
Les soldats de la logistique déployés à Kandahar vivent dans l’espoir passif qu’ils survivront aux attaques. La vie et la mort, la victoire et la défaite ne dépendent pas de votre bonne forme physique, de vos aptitudes intellectuelles ni de votre habileté à manier les armes. Votre survie dépend plutôt de facteurs aléatoires, notamment le blindage des véhicules, la proximité de l’explosion et la chance, pure et simple. La Providence. Cette vérité est difficile à accepter.
Même s’il ne compte que 239 pages, ce livre comprend un bref historique de la logistique dans les Forces canadiennes et les leçons retenues vitales instaurées par certains de nos chefs ayant le mieux réussi et parmi les plus influents. Des leçons oubliées après des décennies de réductions budgétaires et de désintérêt refont surface dans les situations dangereuses et potentiellement mortelles vécues en Afghanistan. Le Lcol Conrad insiste sur le besoin urgent, chez nos dirigeants, de s’intéresser davantage au rôle crucial de la logistique et aux principes de la planification du soutien, avant que les fils usés qui tiennent le système ne cèdent complètement. Le succès de l’ESN en Afghanistan est dû uniquement au courage et à la détermination de son personnel, qui continue d’obtenir des effets bien supérieurs à sa taille et à ses capacités.
Mon bataillon, affublé du titre fade et neutre d’« élément de soutien national » (ESN), a été déployé en Afghanistan en février 2006, alors que la logistique était, depuis près de quarante ans, laissée pour compte pour les FC. Soutenir la Force opérationnelle Orion du Canada dans le sud de l’Afghanistan en 2006 s’est révélé une tâche ardue presque irréalisable : un échec évité de justesse.
Ce livre est un effort courageux et honnête du Lcol Conrad pour souligner les accomplissements du personnel de soutien de l’ESN en Afghanistan et faire ressortir la nécessité d’un changement d’attitude complet au sein des Forces canadiennes. Qu’on voie ce récit comme celui d’un logisticien frustré en mal de changement ou d’un membre inquisiteur des armes de combat, il s’agit d’un livre simple et captivant qu’on pourrait ajouter à toute bonne liste éducationnelle d’ouvrages militaires.
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Le Major Katherine Doucet est officier de logistique (Terre) et elle a participé au soutien de missions de l’ONU et de l’OTAN. Elle agit actuellement comme officier de logistique de la formation à l’Académie canadienne de la Défense.


