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The Age of the Ship of the Line: The British and French Navies, 1650-1815

Compte rendu de Jurgen Duewel

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The Age of the Ship of the Line: The British and French Navies, 1650-1815
par Jonathan R. Dull
Lincoln and London, University of Nebraska Press, 2009
250 pages, 29,95 $
ISBN : 978-0-8032-1930-4


Compte rendu de Jurgen Duewel

Jonathan R. Dull est ancien rédacteur en chef adjoint de la série The Papers of Benjamin Franklin. Il a écrit plusieurs ouvrages d’histoire primés, dont The French Navy and American Independence: A Study of Arms and Diplomacy, 1774-1787 et The French Navy and the Seven Years' War (La Guerre de Sept Ans – Histoire navale, politique et diplomatique).

Dans The Age of the Ship of the Line: The British and French Navies, 1650-1815, l’auteur se penche sur la période s’échelonnant de 1650 à 1815, époque qu’il définit comme l’ère du navire de ligne et qui sera marquée par la grande rivalité entre la Grande-Bretagne et la France. L’auteur entame son étude de la période en examinant les deux marines en tandem. Bien que l’Espagne et les Pays-Bas aient aussi été de grandes puissances à cette époque, toutes deux allaient bientôt amorcer leur déclin, et l’auteur ne s’attarde pas sur leur contribution, si ce n’est dans leur rôle en tant qu’alliées des deux principaux belligérants. Dull reconnaît ne pas être très versé dans le domaine nautique – curieux aveu, eu égard au titre du livre et aux ouvrages précédents du même auteur, mais déclaration qui semble néanmoins véridique : le lecteur avide de s’instruire sur les grands navires de l’époque et d’apprendre le détail de leur construction, de leur armement et de leur équipage sera désappointé. En effet, pour pouvoir parcourir une période aussi riche de l’histoire en moins de deux cents pages, l’auteur a choisi de se concentrer sur les relations diplomatiques et les ambitions des monarques de l’époque plutôt que sur les navires en tant que tels, bien que ceux-ci figurent dans le titre de l’ouvrage. Pour ce qui est de dépeindre le climat politique de l’époque, Dull y parvient assez bien, faisant adroitement ressortir, entre autres, les principales différences entre les stratégies française et britannique. La France sous Louis XIV et ses successeurs est la plus grande puissance terrestre d’Europe, et elle le restera jusqu’à la défaite de Napoléon à Waterloo. Pour les Français, la marine est donc toujours secondaire, à l’exception du bref épisode de la Révolution américaine, où une heureuse combinaison de chefs habiles à la tête de leurs forces navales, de navires en quantités suffisantes dans leur flotte et d’une distraction des Britanniques leur permettra d’obtenir quelques victoires contre ces rivaux de longue date.

La Grande-Bretagne a quant à elle une vision bien différente de la chose navale. En tant que nation insulaire, son armée de terre est peu développée, et, comme le fait remarquer Dull, les Britanniques trouvent en général plus avantageux d’engager des mercenaires ou de payer des alliés pour combattre sur la terre ferme. En revanche, leur marine est la première ligne de défense du pays, et à leurs yeux, les batailles navales dans lesquelles ils ne remportent pas une victoire écrasante sont des défaites, tandis qu’à l’inverse, pour les Français, les « matchs nuls » contre les Britanniques constituent des victoires. Cette philosophie est on ne peut plus apparente dans l’affaire du procès en cour martiale et de l’exécution de l’infortuné Amiral John Byng, pris comme bouc émissaire pour l’échec de la tentative de destruction de la flotte française à Minorque en 1756. Cette décision de l’amirauté – « pour encourager les autres » – aura un effet déterminant sur la manière dont les futurs amiraux britanniques livreront bataille pendant les deux cents années suivantes.

La thèse proposée par Dull est que la nation qui disposait du plus grand nombre de navires ou de la plus grande puissance de feu remportait généralement le plus de batailles navales. On aurait pu s’attendre à ce que l’auteur accorde une plus grande importance au leadership, à la stratégie et à la tactique, mais ce n’est pas le cas, chose qui ne manquera pas de décevoir les admirateurs de Nelson et de Collingwood; toutefois, Dull défend bien son point de vue. Quoi qu’il en soit, et malheureusement pour les rivales de la Grande‑Bretagne, les Britanniques réussissent la plupart du temps à avoir en mer plus de navires et une plus grande puissance de feu que leurs ennemis, et même lorsque ces derniers ont la supériorité numérique, l’habileté en mer des marins Britanniques et la supériorité de leur instruction font pencher la balance en leur faveur. Ce n’est que pendant la guerre de l’Indépendance américaine que les Britanniques essuieront une défaite à la fois sur terre et en mer. Comme l’explique Dull, à cette époque, les Britanniques affrontaient une marine française qui était dirigée de main de maître par deux amiraux – Suffren et le Comte de Grasse –, comptait 70 navires de ligne et avait pour alliés l’Espagnol, qui fournissait 54 navires, et l’Hollandais, qui en ajoutait 14 de plus. Eux-mêmes n’avaient alors que 94 navires sous les ordres de Graves. La marine britannique de l’époque était aussi affaiblie par la trop grande étendue du territoire impérial : tandis qu’ils étaient aux prises avec les Américains, les Britanniques devaient en même temps défendre le Canada, assurer la sécurité de leurs échanges commerciaux dans les Caraïbes et protéger leur pays contre les invasions. En outre, contrairement à la situation pendant la Première Guerre mondiale, la Grande‑Bretagne n’avait alors pas d’alliés sur lesquels compter pour assurer la protection de son empire pendant qu’elle était occupée ailleurs. Néanmoins, une fois la guerre de l’Indépendance américaine terminée, les Britanniques eurent tôt fait de reconquérir leur suprématie sur la marine française, qui se mit à décliner rapidement une fois ses coffres vides et la France engagée dans sa propre révolution.

Dull décrit l’époque napoléonienne comme le « dernier soubresaut » de la marine française. À une époque où la marine britannique connaît ses plus glorieuses victoires et célèbre ses plus grands héros, la marine française n’est déjà plus que l’ombre d’elle‑même. La France n’envoie plus sur ses navires qu’un squelette de leur équipage, et son allié espagnol, à bout de souffle lui aussi, est à la fin de son règne comme grande puissance. Dull avance que les principales contributions de la marine britannique à la guerre napoléonienne ont été son aptitude à garder ses voies commerciales ouvertes et l’appui fourni à Wellington dans ses campagnes de harcèlement contre Napoléon dans la péninsule Ibérique – on oublie trop souvent qu’après Trafalgar, Napoléon régnera encore sur une grande partie de l’Europe pendant plus de dix ans.

Mais qu’à cela ne tienne! Britannia restera maîtresse incontestée des flots pendant encore cent ans avant qu’une autre puissance ne tente de la supplanter sur le trône de Neptune…

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Le Capitaine de corvette Jurgen Duewel est officier de marine de surface. En tant que membre du personnel de l’Académie canadienne de la Défense à Kingston, il est responsable de la Période de perfectionnement professionnel des officiers 3. Il détient une maîtrise en études sur la conduite de la guerre du Collège militaire royal et fait actuellement un doctorat en leadership pédagogique.

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