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Arctic Front: Defending Canada in the Far North

Compte rendu de Andrew C. Young

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ARCTIC FRONT: DEFENDING CANADA IN THE FAR NORTH
par Ken S. Coates, P. Whitney Lackenbauer, William R. Morrison et Greg Poelzer
Toronto : Thomas Allen Publishers, 2008
261 pages, 29,95 $
ISBN 978-0-88762-355-4

Compte rendu de Andrew C. Young

Arctic Front est un livre qui arrive à point nommé. Sa rédaction a été motivée par le truisme bien répandu selon lequel ceux qui ne connaissent pas leur histoire s’exposent à ce qu’elle recommence. Au Canada, les discussions sur la souveraineté dans l’Arctique ont refait surface à de nombreuses reprises dans le passé; pendant la ruée vers l’or du Klondike, durant la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide et lors du passage « illégal » du pétrolier américain Manhattan dans le passage du Nord-Ouest. Chaque fois, dès la crise passée, les Canadiens oublient les menaces des autres pays concernant sa souveraineté dans le nord du continent, particulièrement en ce qui a trait aux îles de l’extrême‑arctique, au passage du Nord-Ouest et aux revendications étrangères de ressources hauturières.

Fait à noter, ce livre est le fruit d’une collaboration unique de quatre auteurs. Les auteurs n’ont pas rédigé chacun une section différente du livre. Ils ont plutôt contribué conjointement au contenu global. Ken S. Coates est un spécialiste de la présence des États-Unis au Canada à l’époque de la Seconde Guerre mondiale; P. Whitney Lackenbauer est un historien qui écrit au sujet de la souveraineté et des questions de sécurité dans l’Arctique; William R. Morrison se penche également sur les questions de souveraineté dans l’Arctique ainsi que sur le rôle de la Police à cheval du Nord-Ouest dans le nord du pays; et Greg Poelzer est un politicologue spécialisé dans les affaires circumpolaires de l’Arctique.

Les auteurs affirment « …[que] tout le monde sait que le réchauffement climatique est la raison principale derrière cette activité et ces préoccupations. De récentes images satellites ont montré que la glace fondait plus vite que ne le prévoyaient les plus pessimistes; et que bientôt le passage du Nord-Ouest sera ouvert à la navigation une bonne partie de l’année »1. Les revendications du Canada demeurent irrésolues depuis 1880. Comme la région était couverte de glace, la dispute entre le Canada et les pays avoisinants, c’est-à-dire les États‑Unis, la Russie/l’URSS, et même le Danemark, a été en veilleuse pendant des décennies. Peu importe qui revendiquait la souveraineté dans la région, il était physiquement impossible d’y avoir accès. Maintenant, la situation est en train de changer à une vitesse surprenante, et le Canada devra faire des choix très concrets et difficiles sur ce qu’il est prêt à faire exactement pour renforcer sa mainmise sur l’Arctique. Les discussions véhémentes à la Chambre des communes pourraient s’avérer insuffisantes pour garder les intrus hors des zones côtières canadiennes dans le Nord.

Ce livre énonce avec exactitude que les États-Unis ne sont pas près de reconnaître que le passage du Nord-Ouest est une voie navigable interne du Canada. S’ils le faisaient, ils mettraient en péril leur position au sujet du libre passage sur les voies navigables internationales dans le monde. Les revendications des Russes sur les grands espaces du fond marin sont également susceptibles d’entrer en conflit avec celles du Canada dans un avenir rapproché. La capacité des Russes à franchir l’inlandsis polaire avec leurs sous‑marins et leurs brise-glaces imposants pourrait occasionner des problèmes particuliers à Ottawa au cours des prochaines années.

L’histoire montre que la présence du gouvernement canadien dans le Grand Nord a toujours été motivée par des menaces extérieures. Lorsqu’un autre pays se manifeste, une petite troupe canadienne est envoyée dans le Nord pendant quelques années, puis se retire ensuite. L’envoi de la Troupe de campagne du Yukon à l’apogée de la ruée vers l’or du Klondike est un bon exemple de ce modèle de comportement.

Les partis politiques canadiens n’ont jamais pris de risque en ignorant le Nord. Les auteurs soulignent deux raisons pour lesquelles le Canada a conservé sa souveraineté dans l’Arctique jusqu’ici : la quasi inaccessibilité de la région pour les étrangers, et le fait que personne ne semblait vouloir se l’approprier. Cependant, la situation est sur le point de changer.

Les auteurs montrent que l’insouciance du gouvernement du Canada à l’égard de la région est une situation qui perdure depuis plus de 100 ans. « Par le passé, le Canada a exprimé tout haut son engagement envers l’Arctique, mais n’a pas agi2. » Bien qu’il affirme que le Canada est une nation arctique, le gouvernement n’a jamais été préparé (historiquement) à dépenser l’argent nécessaire dans la région pour que le Grand Nord soit pleinement intégré dans le reste de la société canadienne.

L’histoire des déploiements des forces policières et, ensuite, des Forces canadiennes (FC) dans le Nord est bien exposée dans le livre. Les critiques que les auteurs ont formulées envers ces déploiements sont bien méritées, notamment le manque d’effectifs et l’équipement inadéquat, la nature sporadique des opérations et leur la courte durée. Les plans élaborés pour développer une force militaire qui assurerait une présence continue en Arctique ont toujours été avortés pendant les périodes de compression budgétaire. Par exemple, l’annulation de la flotte de sous-marins nucléaires canadiens qui devaient patrouiller dans le Nord.

Les auteurs expliquent que le gouvernement du Canada devrait adopter une approche pragmatique lorsqu’il fera face aux défis relatifs à sa souveraineté dans le Nord qui seront sans doute de plus en plus nombreux à l’avenir. Ils proposent de nombreuses mesures positives, dont les principales sont les suivantes : une présence militaire permanente et efficace doit être mise en place et maintenue dans l’Arctique; les dépenses gouvernementales dans le Nord doivent augmenter de façon à vraiment intégrer la population de l’Arctique dans la société canadienne « du Sud »; une entente doit être conclue avec les États‑Unis concernant la supervision conjointe et le contrôle du passage du Nord-Ouest qui sera bientôt ouvert à la navigation; et les Canadiens doivent être encouragés par tous les moyens raisonnables à voyager, à travailler et à vivre en Arctique.

Selon les auteurs, « […] la nation canadienne est incomplète, car le Nord territorial et provincial ne fait pas encore officiellement partie de sa constitution »3. Au cours des prochaines décennies, les Forces canadiennes devront réagir à la présence grandissante de navires étrangers, d’entreprises pétrolières et minières sous la mer, de bateaux de croisière, de visiteurs indésirables dans le Grand Nord.

Arctic Front constitue un résumé de l’histoire de la présence canadienne dans le Grand Nord et des défis relatifs à la souveraineté que le Canada devra surmonter dans un avenir très rapproché. Le livre propose également certaines mesures concrètes qui peuvent être prises pour réagir aux menaces grandissantes. Il comprend aussi des recommandations de lecture pour quiconque voudrait approfondir le sujet. Force est d’admettre que la présence militaire canadienne dans l’Arctique ne devra qu’augmenter au cours des prochaines décennies, et les militaires (tout comme la population en général) auraient tout intérêt à bien s’informer sur la tradition du Canada dans la région. La lecture de ce livre constitue un bon point de départ.

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Andrew C. Young possède une maîtrise ès arts en études sur la conduite de la guerre du Collège militaire royal du Canada. Il est un auteur militaire indépendant basé à Ottawa.

Notes

  1. Coates, Ken S. et al. Arctic Front: Defending Canada in the Far North, Toronto, Thomas Allen Publishers, 2008, p. 1-2. [Traduction libre]
  2. Ibid. p. 189. [Traduction libre]
  3. Ibid. p. 191. [Traduction libre]

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