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FOR LOVE AND COURAGE: THE LETTERS OF LIEUTENANT-COLONEL E.W. HERMON FROM THE WESTERN FRONT 1914-1917

Compte rendu du Colonel P.J. Williams

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FOR LOVE AND COURAGE: THE LETTERS OF LIEUTENANT-COLONEL E.W. HERMON FROM THE WESTERN FRONT 1914-1917
Édité par Anne Nason
Londres: Preface Publishing, 2008
367 pages, 25 $ (couverture souple)
ISBN 978-1-84809-067-5

D’année en année, le nombre de vétérans de la Première Guerre mondiale toujours en vie dégringole, à un point tel qu’il n’en reste plus que quelques-uns aujourd’hui. Paradoxalement, on observe une augmentation marquée de l’intérêt de la population à l’égard de ce conflit, intérêt probablement ravivé en partie par la sortie du film à grand succès La bataille de Passchendaele l’année dernière, ainsi que par le 90e anniversaire de la « dernière de toutes les guerres ». Cet intérêt public a été en grande partie satisfait par la publication de récits personnels de militaires ayant participé à cette guerre. Les lettres du Lieutenant-colonel britannique Edward William Hermon, qui ont récemment été découvertes et publiées, en sont un exemple concret. Elles décrivent de façon particulièrement poignante et intime la vie sur le front Ouest durant ce qu’on appelait à l’époque la Grande Guerre.

Ce recueil compte quelque 200 lettres écrites par Hermon durant la guerre à sa femme, Ethel, et à ses cinq enfants, qu’il appelait collectivement les « fripons » (the Chugs). Hermon a été tué le 9 avril 1917, alors qu’il menait son bataillon durant l’offensive d’Arras. Il a par la suite été décoré de l’Ordre du service distingué (DSO) à titre posthume. Tout juste avant de tomber sur le champ de bataille, ses dernières paroles ont été de demander à son capitaine-adjudant de continuer le combat. Ethel, la femme d’Hermon, a conservé les lettres après la guerre. Celles-ci ont par la suite été transmises de génération en génération, d’abord à sa fille Mary, puis à sa petite-fille Anne Nason en 1991, après la mort de Mary. Anne a finalement décidé qu’il était temps de publier ces lettres qui, elle l’espère, témoigneront de l’amour qui unissait Edward et Ethel ainsi que du courage des soldats britanniques ordinaires.

Edward William Hermon a vu le jour en 1878. Il était étudiant à Oxford lorsque la Guerre des Boers a éclaté, et il s’est alors enrôlé dans le 7th Queen’s Own Hussars. En raison d’obligations familiales, il n’a pas pu se rendre en Inde avec son régiment à la suite de ce conflit. Il est donc devenu un officier réserviste au sein du King Edward’s Horse (KEH). Lors du déclenchement des hostilités en 1914, Hermon était commandant d’escadron. Il a écrit sa première lettre le 31 juillet 1914, alors que les signes de l’imminence de la guerre étaient très palpables.

En tant qu’officier, Hermon était tenu de censurer ses propres lettres. Sans transgresser ce principe, qui s’apparente à ce que nous appelons aujourd’hui la sécurité des opérations (OPSEC), celles-ci brossent néanmoins un portrait extrêmement saisissant de ce qu’était la vie d’un officier régimentaire au front durant la Première Guerre mondiale. Tout au long de sa correspondance avec sa famille, Hermon s’est efforcé de décrire le front comme étant solide et en pleine possession de ses moyens. Il n’a parlé qu’à quelques rares occasions des côtés plus horribles de la guerre, et même dans ces cas, il le faisait à la demande d’Ethel.

Deux éléments ont particulièrement frappé l’auteur du présent compte rendu durant sa lecture. Premièrement, Hermon faisait toujours preuve d’une grande diligence dans l’écriture de ses lettres, malgré ses responsabilités de commandement (il était devenu commandant d’un bataillon d’infanterie). Deuxièmement, cette correspondance était particulièrement rapide pour l’époque. En effet, il recevait souvent une réponse à ses lettres en moins d’une semaine, en dépit de la distance qui le séparait de sa famille, établie à Sussex dans le sud­est de l’Angleterre. Le courrier devait être expédié à partir de la zone de combat et traverser la Manche par voie maritime pour arriver à destination, et les réponses devaient effectuer le trajet inverse jusqu’au front – le tout, en pleine situation de guerre –, ce qui démontre la grande efficacité du système de logistique qui soutenait la Force expéditionnaire britannique (BEF). Hermon a grandement profité de ce système, comme en témoignent ses nombreuses lettres. Il demandait toute sorte de choses à Ethel telles que de la nourriture, des bâtons de jeu de crosse (pour retirer plus facilement les grenades ennemies des tranchées), et même un petit pistolet avec munitions pour le combat rapproché dans les tranchées. Ce dernier lui est dûment parvenu quelques semaines plus tard, l’arme qu’on lui avait assignée ayant été jugée trop lourde. De plus, les journaux d’Angleterre arrivaient généralement le matin suivant leur parution, juste à temps pour qu’Edward puisse les lire en buvant son thé matinal. Il pouvait ainsi se tenir remarquablement bien informé des activités de guerre menées sur les autres fronts, comme à Gallipoli, au Moyen-Orient et en Russie.

Les écrits de ce recueil sont accompagnés de dessins, réalisés par Edward lui­même, illustrant divers éléments, de la construction des tranchées jusqu’aux cratères creusés par les bombes, en passant par les abris de type Nissen. Hermon était très estimé de ses subalternes, et l’une de ces possessions les plus chères était sans aucun doute une caricature de lui faite par ses troupes et affichée à la cantine, intitulée « Voici l’homme qui est assez bon pour nous ». Edward espérait bien obtenir le commandement du KEH, mais le destin en a voulu autrement : un autre militaire a été envoyé d’Angleterre pour occuper ces fonctions. Hermon est ensuite devenu commandant d’un bataillon des Northumberland Fusiliers. Il a écrit sa dernière lettre à sa famille deux jours seulement avant de mourir. En guise de conclusion, il a écrit ce qui suit à propos de l’attaque à venir : « Ma très chère vieille amie, je dois maintenant me mettre au lit pour reprendre le plus de forces possible, car j’en aurai probablement besoin dans les prochains jours, qui, d’après ce que je peux constater, s’annoncent très occupés. » Il a terminé sa lettre en exprimant son amour à Ethel et à ses enfants.

À l’ère moderne de l’information, une correspondance aussi dévouée que celle entretenue par Edward et Ethel (dont l’auteur du présent compte rendu aurait vraiment aimé pouvoir lire les lettres également) est relativement peu commune. De nos jours, nous sommes plutôt contraints d’utiliser des blogues, YouTube ou d’autres outils sur Internet pour relater nos expériences personnelles, avec toutes les préoccupations qui s’ensuivent sur le plan de la sécurité des opérations. Au moment où le rythme opérationnel des Forces canadiennes est le plus intense jamais connu depuis des décennies, cette situation est assez inquiétante pour les futurs historiens qui voudront analyser les campagnes actuelles, du point de vue de ceux qui auront mené les forces durant cette période turbulente. Si les historiens d’autrefois pouvaient consulter, par exemple, les écrits de Patton pour étayer leurs recherches, ce ne sera probablement pas le cas pour les historiens de demain. En effet, il se peut fort bien que de tels écrits n’existent plus, ou du moins, plus sous la forme papier tant appréciée des archivistes et des chercheurs. Il ne reste qu’à espérer que, lorsque les documents classifiés sur nos campagnes en Afghanistan, dans la mer d’Oman et ailleurs dans le monde seront rendus publics dans les prochaines décennies, ils seront agrémentés des récits personnels et vivants de ceux qui, comme le Lieutenant-colonel Edward Hermon, DSO, auront décidé de prendre la plume. Ce livre est à lire absolument!

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Le Colonel Williams, officier de l’artillerie, a récemment occupé le poste de J5 adjoint au Quartier général du Commandement de la Force expéditionnaire du Canada (QG COMFEC), à Ottawa.

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