Le Canada et le monde

Le Général Walt Natynczyk rencontre l’état–major de la Jamaica Defence Force

Photo du MDN IS 2009-1005-18 par le Sergent Paz Quillé

Le Général Walt Natynczyk, Chef d’état–major de la Défense (CEMD), rencontre l’état–major de la Jamaica Defence Force le 27 mars 2007, dans le cadre de l’exercice Tropical Hammer.

Le canada et les amÉriques : À la dÉfense de nos voisins

par Le Général Walt Natynczyk, CMM, MSC, CD avec Nancy MacKinnon

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Introduction

Lorsque les Canadiens se placent sur l’échiquier mondial, que ce soit sur le plan politique ou géographique, ils voient l’Europe à l’est, l’Asie à l’ouest et les États-Unis au sud. Généralement, ils ne considèrent pas que les pays au sud de Rio Grande sont des nations dont les intérêts et les enjeux sont similaires à ceux du Canada. J’ai toutefois réalisé que notre pays fait bel et bien partie des Amériques lorsque j’ai eu la chance de visiter Haïti, la Jamaïque, la Colombie, l’Uruguay, le Brésil et le Mexique l’année dernière. Ce sont nos voisins. Cette région est très prometteuse et renferme un grand potentiel pour le Canada. C’est donc sans surprise que notre gouvernement lui accorde une importance croissante.

Le premier ministre a clairement fait de notre réengagement au sein de l’hémisphère une priorité nationale. Dans le discours du Trône de 2007, on désignait en effet les Amériques comme l’une des priorités en matière de politique étrangère, en plus de souligner le rôle actif que le Canada entendait jouer dans la région. Le gouvernement a élaboré une stratégie pour un engagement accru dans les Amériques, en vue de guider ses initiatives dans ce territoire. Les Forces canadiennes sont ainsi appelées à contribuer à l’avancement du programme gouvernemental en ce qui a trait à la sécurité. En d’autres mots, les Amériques se trouvent dans l’entourage immédiat du Canada, et nous avons bien l’intention d’être un bon voisin sur le plan de la défense.

Au cours des deux dernières années, d’importantes actions prises par le Canada ont témoigné de cet engagement. Les Forces canadiennes ont notamment joué un grand rôle durant l’intervention d’envergure du Canada à la suite du tremblement de terre dévastateur en Haïti au début de 2010. Environ 2000 militaires ont été envoyés dans ce pays pour aider à l’effort humanitaire. Les ressources déployées comprenaient l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe, un hôpital de campagne militaire, des navires, des hélicoptères et du personnel de l’Armée de terre. En septembre 2008, la ville de Banff, en Alberta, a également accueilli la VIIIe Conférence des ministres de la Défense des Amériques (CMDA), à laquelle j’ai eu la chance d’assister. Dans le cadre de cette activité couronnée de succès, 34 ministres de partout dans l’hémisphère étaient invités à discuter, dans une atmosphère de collégialité, de questions importantes sur les plans de la défense et de la sécurité. Un tel rassemblement permettant des échanges entre les ministres est très utile, mais n’a pas toujours été facile à réaliser ni constructif étant donné l’hétérogénéité et la complexité de la région.

MND Peter Mackay et M. Robert Gates, Secréctaire de la Défense des États–Unis

Photo du MDN ISX2008-0028 par M. David Snashall

L’honorable Peter Gordon Mackay, ministre de la Défense nationale, souhaite la bienvenue à M. Robert Gates, Secrétaire de la Défense des États–Unis, à la 8e Conférence des ministres de la Défense des Amériques tenue à Banff, en Alberta, le 2 septembre 2008.

Les questions de sécurité et de défense touchant le territoire sont complexes et doivent être évaluées au moyen de plusieurs méthodes et critères. L’armée ne constitue qu’une des ressources disponibles et, selon la situation, n’est pas toujours la plus pertinente. À titre de membres des Forces canadiennes et du ministère de la Défense nationale, notre point de vue sur la sécurité et la défense au sein des Amériques est fondé sur l’attitude de respect et de réciprocité que nous avons à l’égard de nos partenaires, qui est fondamentale pour nous. Les possibilités de coopération et d’échange avec nos voisins de l’hémisphère sont évidentes. Le Canada possède une riche expérience sur laquelle il peut s’appuyer pour venir en aide aux autres; nos voisins, pour leur part, ont beaucoup à nous apprendre. Mes récents voyages dans les Amériques, ainsi que ceux effectués par d’autres militaires supérieurs et hauts fonctionnaires canadiens, n’ont fait que confirmer l’importance de cette région pour les Forces canadiennes. Nous sommes déjà engagés de façon significative au sein de l’hémisphère. Même si ce n’est pas toujours évident aux yeux de l’observateur moyen, les Amériques représentent vraiment un grand intérêt national pour le Canada, notamment sur les plans du commerce, de l’immigration, de la lutte contre le crime et le trafic de stupéfiants, et de l’aide humanitaire en cas de catastrophe naturelle. De ce fait, les Forces canadiennes ont aussi un intérêt connexe. Il n’est pas toujours facile de s’attaquer aux enjeux existants dans la région, et les problèmes de défense et de sécurité ne sont pas nécessairement ceux auxquels nous sommes habitués. Il ne faut toutefois pas en conclure que notre engagement s’arrête là : nous pouvons intervenir de façon constructive à d’autres niveaux dans les Amériques. L’examen de la mobilisation des Forces canadiennes dans la région doit se faire à l’aide de trois questions interdépendantes : Quelle est la perception des Forces canadiennes et du ministère de la Défense nationale à l’égard des problèmes locaux de défense et de sécurité?; Comment cet engagement s’insère-t-il dans la stratégie de défense Le Canada d’abord?; En quoi consistent les missions actuellement menées, y compris les possibilités d’activités et d’initiatives futures?

Le Général Natynczyk visite le 1er Hôpital de campagne du Canada

Photo du MDN HS2010–C034–014 par le Caporal Johanie Maheu

Le Général Natynczyk visite le 1er Hôpital de campagne du Canada à Leogâne, en Haïti, durant l’opération Hestia, le 18 février 2010.

Les Amériques et les intérêts en matière de défense du Canada

Les Forces canadiennes et le ministère de la Défense nationale ont de toute évidence un rôle à jouer dans le cadre de la nouvelle mobilisation du Canada dans les Amériques, étant donné le volet de sécurité compris dans le réengagement du gouvernement. Nos relations sur les plans de la défense et de la sécurité devraient être fondées sur une attitude de réciprocité et de respect. J’ai été le premier Chef d’état­major de la Défense du Canada à se rendre en Amérique du Sud en dix ans. Afin d’établir des liens efficaces avec nos partenaires dans cette région, il faut accroître les contacts entre ceux-ci et les dirigeants haut placés des Forces canadiennes et du ministère de la Défense nationale. La situation de défense et de sécurité dans les Amériques a des répercussions directes sur les intérêts du Canada; nous avons tout à gagner en discutant de nos préoccupations communes avec nos partenaires de l’hémisphère. De tels échanges nous aideront à déterminer comment les Forces canadiennes et le ministère de la Défense nationale peuvent contribuer efficacement à l’amélioration de la sécurité et de la stabilité dans l’hémisphère.

L’environnement de sécurité dans les Amériques est complexe et doit être évalué en fonction d’une multitude de facteurs politiques, économiques, sociaux, sanitaires et environnementaux compliqués. Sur le plan des questions purement liées à la défense, les risques de conflits interétatiques sont actuellement faibles. Toutefois, il existe toujours une trentaine de litiges frontaliers non résolus dans l’hémisphère. Si la plupart de ceux-ci sont maîtrisés, plusieurs pourraient entraîner des incidents diplomatiques ou même mener à des affrontements armés d’envergure limitée. La majorité des menaces à la sécurité dans les Amériques demeurent néanmoins non traditionnelles. La sécurité de l’hémisphère ne peut pas être définie uniquement en termes militaires conventionnels; elle doit être considérée en tant que concept multidimensionnel. La région est aux prises avec un certain nombre de problèmes critiques, y compris la pauvreté persistante et les inégalités socio-économiques grandissantes qui entraînent dissidence, mécontentement populaire et insécurité. Parallèlement, la corruption omniprésente mine la primauté du droit et, par le fait même, la sécurité, en particulier lorsque les institutions étatiques sont faibles et que les capacités du secteur public sont limitées. Une grande partie de la population de cette région est également exposée aux dangers constants des catastrophes naturelles, comme les ouragans – y compris la saison des ouragans destructrice qui frappe chaque année les Caraïbes –, les tremblements de terre ou autres désastres. Le trafic de stupéfiants, la violence urbaine et le crime organisé sont autant de fléaux présents dans l’ensemble du secteur. Le terrorisme, qu’il soit local ou international, constitue aussi une menace. Par ailleurs, de nouveaux joueurs de l’extérieur se montrent de plus en plus intéressés aux Amériques. En plus de leur croissance économique et de leur présence commerciale accrue dans l’hémisphère, des pays comme la Chine, la Russie et l’Iran remettent en question le rôle traditionnel des États-Unis dans la région, notamment sur les plans de la coopération et de l’instruction militaire et de l’approvisionnement en matériel de défense. Les récents rapprochements du Venezuela avec la Russie et l’Iran ne sont qu’un exemple de cette nouvelle réalité.

La défense militaire dans l’hémisphère ne constitue dorénavant que l’une des nombreuses actions possibles dans le cadre du spectre d’interventions face aux menaces à la sécurité, et l’utilisation traditionnelle de la force militaire risque fort de s’avérer inefficace contre bon nombre d’entre elles. Toutefois, dans certains pays plus faibles des Amériques, l’armée constitue souvent l’institution nationale la plus puissante et la seule organisation gouvernementale fiable ayant la capacité d’assurer l’ordre interne ou de défendre la population contre des menaces transnationales. Une telle situation risque toutefois de mener à un empiétement, par les forces armées, dans les sphères civiles de la sécurité nationale et de l’exécution de la loi, et de nuire aux relations civilo-militaires. Le coup d’État militaire de l’an dernier au Honduras démontre clairement la fragilité de la gouvernance démocratique dans certaines nations de l’hémisphère.

À la suite du retour à la démocratie dans la plus grande partie de la région durant les années 1990, il a fallu réévaluer les rôles et les responsabilités des forces armées dans de nombreux pays. Les effectifs et le financement ont été considérablement réduits, tandis que bon nombre d’organisations militaires ont entrepris une professionnalisation, ont ouvert leurs portes aux femmes et aux minorités, et se sont adaptées – parfois avec difficulté – à un mode de fonctionnement sous supervision civile. Dans certains pays, le rôle interne de l’armée a été limité; on a plutôt mis l’accent sur des mandats internationaux nouvellement crées, ce qui a entraîné une importante hausse de la participation des pays des Amériques aux missions de maintien de la paix de l’ONU. Concrètement, il s’agit d’une augmentation de 750 % depuis 1989, comparativement à 120 % pour les nations du reste du monde. Cet engagement international accru est le plus évident en Haïti, où la majorité des troupes déployées dans le cadre de la mission onusienne proviennent des pays des Amériques. En conformité avec cette nouvelle approche internationale, bon nombre de ceux-ci ont mis sur pied des centres de formation sur le maintien de la paix et établissent activement des partenariats avec d’autres nations pour l’échange d’expertise et de conseils, la collaboration, l’instruction et, en définitive, la conduite d’opérations conjointes. La coopération multilatérale au sein de l’hémisphère n’en est toutefois qu’à ses premiers balbutiements, tout comme le régime de renforcement de la sécurité et de la confiance dans la région.

Les Amériques et la stratégie de défense Le Canada d’abord

L’engagement du Canada auprès des Amériques en matière de défense et de sécurité est tout à fait conforme à la stratégie Le Canada d’abord. Essentiellement, celle­ci consiste en un mandat visant à protéger les Canadiens et à assurer la place du Canada sur la scène internationale à titre de nation crédible et influente, prête à collaborer. Le Canada d’abord attire l’attention sur l’environnement stratégique complexe et imprévisible caractérisé, notamment, par des conflits frontaliers, des États fragiles, des réseaux criminels transnationaux, du trafic de drogues et d’humains, et des inégalités sur les plans de l’accès aux ressources et de la distribution économique. Toutes ces situations sont présentes dans les Amériques. Dans le cadre de la stratégie de défense, les rôles suivants ont été assignés aux Forces canadiennes : la défense du Canada; la défense de l’Amérique du Nord; et la contribution à la paix et à la sécurité internationales. Notre engagement dans l’hémisphère s’inscrit clairement dans ces trois mandats :

  • La défense du Canada – D’abord, afin de protéger le Canada et la population canadienne, il est essentiel d’éliminer les menaces à la source. Par exemple, en participant aux opérations antidrogues menées dans les Amériques, nous contribuons directement à la sécurité et à la protection du Canada, car nous empêchons les stupéfiants provenant de cette région de se retrouver dans les rues du pays.
  • La défense de l’Amérique du Nord – Notre engagement dans l’hémisphère nous permet d’être un partenaire solide et fiable dans la défense de l’Amérique du Nord. Les États-Unis et le Mexique – les deux alliés du Canada dans cette entreprise – ont des intérêts considérables à l’égard des Amériques; ce qui se passe dans la région a des répercussions de plus en plus importantes sur la sécurité de l’Amérique du Nord. Le Canada doit participer à la défense du continent. Notre collaboration accrue avec les États-Unis et le Mexique pour la protection et la sécurité de l’hémisphère contribue également à renforcer les relations bilatérales avec ces deux partenaires clés.
  • La contribution à la paix et à la sécurité internationales – Notre engagement dans les Amériques nécessite un leadership canadien sur la scène internationale. Les pays de l’hémisphère démontrent un véritable intérêt pour une collaboration accrue avec le Canada sur les plans de la défense et de la sécurité. Nous pouvons jouer un rôle encore plus important auprès de ces nations et tracer la voie en contribuant au renforcement de la sécurité régionale.

 

L’engagement des Forces canadiennes dans les Amériques

Tous ces éléments forment le contexte dans lequel nous devons évaluer les intérêts de défense et de sécurité du Canada dans les Amériques. Nous avons beaucoup à offrir à cette région, mais nous pouvons également apprendre de nos partenaires de l’hémisphère sur différents plans. Notre engagement et notre coopération doivent être axés sur des activités et des mesures efficaces, concrètes et durables, ce qui signifie qu’il faut s’appuyer sur les actions pratiques que nous menons déjà dans les Amériques. N’ayant jamais été des colonisateurs dans les pays de cette région, nous constituons un partenaire crédible et fiable. Nous jouissons donc d’une crédibilité et d’une facilité d’accès, là où d’autres risquent de se buter à des objections et à des obstacles. Sur le plan de l’engagement des Forces canadiennes dans les Amériques, cette situation signifie que nous devons mettre l’accent sur la contribution dans trois domaines stratégiques clés. D’abord, nous appuierons la sécurité régionale au moyen d’opérations de soutien de la paix, d’une aide opérationnelle militaire bilatérale et d’une gestion des répercussions des catastrophes, qu’elles soient naturelles ou causées par l’homme. Ensuite, nous poursuivrons nos efforts d’instruction et d’amélioration de la défense et de la sécurité, en particulier sous forme d’éducation militaire, de perfectionnement professionnel et de renforcement des capacités opérationnelles et institutionnelles. Enfin, nous offrirons notre aide relativement aux questions de gouvernance de la défense, ce qui comprend l’incorporation des opérations militaires dans une approche pangouvernementale, les relations civilo­militaires, l’intégration des femmes et des minorités, le droit militaire, l’éthique et les droits de la personne, la transparence, la création d’un livre blanc, l’établissement d’un budget pour la défense et le contrôle budgétaire, et les analyses de défense et de sécurité. Grâce à nos efforts dans ces trois domaines, nous serons en mesure d’appuyer et d’atteindre les buts suivants : contribuer à la sécurité nationale, contribuer à la sécurité et à la stabilité régionales, et soutenir les objectifs globaux du gouvernement du Canada dans la région.

Nous disposons de différents outils qui nous aideront à atteindre nos objectifs stratégiques dans les Amériques. Ceux-ci s’inscrivent essentiellement dans le concept général de diplomatie de défense, qui comprend l’engagement, les opérations et l’instruction. La diplomatie de défense constitue une approche inclusive élaborée par l’équipe de la défense – les Forces canadiennes et le ministère de la Défense nationale – en vue de façonner notre participation à la défense internationale. En plus de l’engagement du ministre à l’égard de ses homologues, cette approche comprend :

  • le programme d’attaché de défense du Canada;
  • des exposés officiels d’état-major;
  • des forums multilatéraux (p. ex., CMDA, Organisation des États américains [OEA]);
  • des visites des dirigeants des Forces canadiennes et du Ministère dans la région, ainsi que des visites des autorités de la région au Canada;
  • une représentation canadienne durant les événements principaux;
  • la création et le maintien de liens étroits avec les attachés militaires des pays de l’hémisphère;
  • la promotion de possibilités de coopération entre les industries de défense du Canada et des clients potentiels dans les Amériques;
  • l’embauche de chercheurs ayant une expertise en ce qui concerne les Amériques;
  • l’utilisation de publications militaires et autres pour diffuser notre vision, notre expérience et nos modèles dans l’ensemble de l’hémisphère.

 

Les activités liées aux opérations et à l’instruction comprennent :
 

  • le Programme d’instruction et de coopération militaires (PICM), qui contribue à renforcer les capacités opérationnelles et institutionnelles des pays membres (l’exemple particulièrement remarquable de la Jamaïque illustre les répercussions positives que peut avoir ce programme);
  • des cours, des échanges (dans le cadre desquels des militaires d’autres nations viennent au Canada ou des membres des Forces canadiennes se rendent dans la région), et des exercices;
  • des démonstrations navales ou aériennes et des visites de navire et d’aéronefs;
  • la contribution régulière d’aéronefs de patrouille maritime et de ressources navales à l’appui de l’opération de détection et de surveillance antidrogue de la Force opérationnelle internationale, interorganisationnelle et interarmées – Sud, menée par les États-Unis;
  • des opérations de soutien de la paix;
  • l’élaboration de plans de contingence en vue de missions possibles dans l’hémisphère, y compris des opérations de secours humanitaires et d’évacuation de ressortissants canadiens.
M. Bud Mercer, commissaire adjoint de la Force aérienne, le Contre amiral Tyrone Pyle, le Général Walter Natynczyk et le Général Victor Renuart de la United States Air Force, commandant en chef de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord et du Commandement du Nord

Photo du MDN IS2010–0004–02 par le Sergent Paz Quillé

M. Bud Mercer, commissaire adjoint de la Force aérienne, le Contre amiral Tyrone Pyle, le Général Walter Natynczyk et le Général Victor Renuart de la United States Air Force, commandant en chef de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord et du Commandement du Nord, s’entretiennent au quartier général du groupe intégré de la sécurité dans le cadre des Jeux olympiques de Vancouver en 2010, le 1er février 2010.

Il existe également des possibilités de coopération accrue avec nos partenaires traditionnels. Nous collaborerons étroitement avec d’autres nations partageant la même vision que nous, afin d’améliorer l’efficacité de notre engagement dans les Amériques et de mener à bien nos objectifs communs dans l’hémisphère. Les États-Unis sont nos plus proches alliés, et les intérêts de ce pays à l’égard des Amériques sont considérables. Nous travaillons avec les É.-U. à Washington D.C., avec le Commandement du Nord, et avec le United States Southern Command (USSOUTHCOM), pour promouvoir les efforts de coopération dans la région. Ces activités sont appuyées par des communications régulières sur le plan de la politique, par une participation continue du Canada aux exercices organisés par les États-Unis dans les Amériques, et par une mise en œuvre conjointe d’initiatives et de programmes visant des objectifs communs. Nous collaborons également avec le Mexique – l’autre important partenaire nord-américain –, un pays qui a une connaissance privilégiée des Amériques. Nos préoccupations sont dans bien des cas les mêmes, ce qui ouvre la voie à différentes possibilités de coopération. Nous comptons resserrer nos liens avec le Mexique, en particulier dans le cadre des pourparlers politiques et militaires Canada-Mexique (depuis 2006), en vue d’une collaboration à l’égard des questions de défense dans l’hémisphère. Le Mexique est lui­même actuellement aux prises avec d’importantes difficultés, notamment la présence de groupes criminels s’adonnant au trafic de drogues et la violence qu’ils engendrent. Toutefois, comme on l’a vu lors de l’éclosion du virus de la grippe H1N1, ce pays est capable de gérer une crise majeure. C’est exactement dans des moments comme ceux-ci que nous devons tendre la main de l’amitié et proposer une coopération visant des préoccupations et des intérêts communs.

Le Canada possède une expérience et une expertise poussées dans certains domaines précis, qu’il pourrait mettre à profit pour aider les Amériques. L’apport des Forces canadiennes sur les plans de la gouvernance de défense, de la professionnalisation des forces militaires et de la coopération avec les autres ministères est considérable. S’il est vrai que le concept du contrôle civil de l’appareil militaire est présent dans une bonne partie des Amériques, dans plusieurs pays, les ministères de défense et les institutions civiles connexes sont bien peu puissants comparativement à leurs organisations militaires correspondantes. Et malheureusement, à certains endroits, comme au Venezuela, on assiste à une politisation des forces armées. Le modèle de professionnalisme et de gouvernance de défense offert par le Canada est impressionnant; l’expertise des Forces canadiennes en la matière pourrait contribuer grandement au renforcement du contrôle civil des organisations militaires dans la région, en plus d’inculquer aux soldats la vision selon laquelle ils doivent être au service du bien public et être guidés de main ferme par des autorités civiles démocratiquement élues.

Nous avons également une grande expérience à partager en ce qui concerne les opérations de soutien de la paix. Comme je l’ai mentionné précédemment, la participation des nations des Amériques aux missions de paix de l’ONU est de plus en plus importante – les efforts du Brésil et de l’Uruguay en Haïti et ailleurs sont particulièrement impressionnants. Considérant l’engagement historique et continu des Forces canadiennes dans ce type d’opération, nous constituons une référence très utile relativement à la préparation aux missions, au commandement et contrôle, et aux règles d’engagement. Les efforts que nous avons déployés au fil des ans pour renforcer les capacités dans l’hémisphère visaient à promouvoir et à stimuler la contribution des Amériques aux opérations internationales de soutien de la paix. De ce fait, nous avons observé une augmentation de l’engagement régional à l’égard de cette responsabilité universelle, de même qu’une réduction des exigences et de la pression – découlant de la cadence opérationnelle élevée – pour des pays comme le Canada (et, par le fait même, pour les Forces canadiennes). Essentiellement, le fardeau mondial est réparti plus équitablement lorsqu’il y a un plus grand nombre de nations capables de contribuer efficacement aux opérations de soutien de la paix.

Les membres de la force paramilitaire colombienne (Autodéfenses unies de Colombie)

REUTERS/Fredy Builes/ RTR15U6Z

Les membres de la force paramilitaire colombienne &Autodéfenses unies de Colombie) attendent de rendre leurs armes à la Sierra Nevada de Santa Marta, le 3 février 2006.

En ce qui concerne le terrorisme, certains pays de l’hémisphère sont aux prises avec des problèmes internes depuis des dizaines d’années. Par le passé, des groupes terroristes des Amériques ont menacé des citoyens ou des intérêts canadiens. En effet, le gouvernement canadien considère le Sendero Luminoso (Sentier lumineux), les AUC (Autodéfenses unies de Colombie), l’ELN (Armée de libération nationale) et les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) comme des organisations terroristes, les trois dernières étant principalement actives en Colombie. Durant ma visite dans ce pays l’année dernière, j’ai discuté de la question avec mes hôtes, notamment de la façon dont leur expérience locale pourrait servir dans le cadre de leur participation en Afghanistan et de notre propre déploiement là-bas. Bien qu’il s’agisse de deux situations bien différentes, la discussion était pertinente. Nous savons également que certains groupes terroristes internationaux, comme le Hezbollah et Al-Qaïda, ont des refuges dans la région ou qu’ils y font valoir leur cause. Il est dans notre intérêt de nous assurer que nos voisins des Amériques disposent des outils nécessaires pour lutter contre le terrorisme dans leur territoire.

Des rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie

REUTERS/Ho New/ RTXQNJ9

Dans le sud de la Colombie, des rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie sont accompagnés d’une fillette inconnue qui tient une arme, le 12 novembre 2009.

Enfin, le Canada pourrait faire face, sur son propre terrain, aux mêmes difficultés en matière de défense que celles vécues par ses voisins du sud. Le Brésil constitue un bon exemple. Nos deux pays possèdent des régions accidentées, sous­peuplées et difficiles d’accès qui pourraient être attrayantes pour des parties dont la présence est non désirée. Si, à première vue, l’Arctique et l’Amazone semblent très différents, ils présentent des problèmes semblables en ce qui a trait au maintien d’une présence militaire en zone éloignée et à la conduite de patrouilles de surveillance et de souveraineté. Il pourrait également exister des possibilités de partage d’expériences et de leçons entre les Forces canadiennes et l’armée de l’Uruguay – notre Marine mène des opérations dans l’Arctique, tandis la leur est active dans la région de l’Antarctique. Nous avons aussi beaucoup à apprendre de la Colombie sur le plan des soins fournis aux militaires blessés au combat, en particulier ceux qui ont perdu un membre ou qui souffrent de blessures graves. Étant donné l’expérience d’un certain nombre de nos soldats en Afghanistan, les Forces canadiennes sont particulièrement intéressées par les techniques d’aide aux blessés utilisées par la Colombie. Comme le montrent ces exemples, il nous est possible d’apprendre de nos partenaires de l’hémisphère et de leurs initiatives sous de multiples aspects.

Je me dois également de souligner que l’engagement des Forces canadiennes dans les Amériques s’inscrit dans un contexte d’engagement de défense et de sécurité plus large. Précisément, le Canada a l’occasion de contribuer à la modernisation de l’architecture de sécurité de l’hémisphère et de veiller à l’efficacité des efforts multilatéraux visant à contrer les menaces dans la région. La sécurité de notre pays est intrinsèquement liée à celle des Amériques. Nous devons donc adopter une approche multidimensionnelle afin de la promouvoir dans la région. Pour ce faire, le Canada peut s’y prendre de différentes façons. Je dois toutefois préciser que bon nombre des mesures applicables relèvent, à juste titre, de la compétence de nos collègues des Affaires étrangères, même si les membres de notre ministère suivent les développements avec intérêt. Premièrement, le Canada poursuivra sa participation active au sein de l’Organisation des États américains, laquelle constitue le principal forum politique des Amériques et une importante tribune favorisant la coopération avec nos partenaires de l’hémisphère à l’égard de questions essentielles comme la gouvernance démocratique, la sécurité multidimensionnelle et le développement intégral. Plus précisément, le Canada continuera de jouer un rôle de leader dans la mise en œuvre de la Déclaration sur la sécurité dans les Amériques, adoptée en 2003, en encourageant la transparence en matière d’acquisition d’armes conventionnelles et en promouvant le régime de renforcement de la sécurité et de la confiance dans la région.

Deuxièmement, le Canada poursuivra son travail visant à déterminer un rôle approprié pour l’Organisation interaméricaine de défense (OID) modernisée, reflétant non seulement le lien de celle-ci avec l’OEA, mais aussi sa reforme et sa nouvelle capacité d’aider cette organisation et ses membres à mieux répondre aux besoins militaires et de défense futurs dans l’hémisphère.

Troisièmement, nous continuerons de soutenir la CMDA. À titre d’ancien pays hôte, le Canada reconnaît que cet événement promeut sa propre tradition de multilatéralisme et constitue une des pierres angulaires de son engagement de défense dans les Amériques. Nous continuerons de nous appuyer sur notre participation à cette Conférence pour renforcer notre engagement de défense dans l’hémisphère, en vue d’atteindre les objectifs de notre politique étrangère; pour consolider notre réputation à titre de leader en matière de défense et de sécurité dans l’hémisphère; pour resserrer les liens bilatéraux, régionaux et sous-régionaux; pour fortifier l’architecture de sécurité existante; pour réaffirmer le besoin continu de transparence et de confiance sur les plans de la défense et de la sécurité dans la région; et pour développer des relations civilo­militaire démocratiques dans les Amériques. Je suis très satisfait du travail mené par le Canada en collaboration avec la Bolivie, le prochain pays hôte de la CMDA. Grâce à leur initiative, l’OEA a accepté, par l’entremise de l’OID, de conserver la mémoire institutionnelle de la Conférence. Cet accord a été officialisé dans le cadre de l’assemblée générale de l’OEA le 4 juin 2009, à San Pedro Sula, au Honduras. Bien qu’il s’agisse d’une réalisation relativement modeste, elle contribuera à réduire le fardeau administratif des pays hôtes, en plus d’établir, pour la première fois, un lien entre la CMDA et l’OEA.

Enfin, il existe d’autres possibilités d’engagement dans des organisations et des tribunes additionnelles, comme les conférences de service de l’hémisphère (qui constituent une occasion clé pour les Forces canadiennes de collaborer avec d’autres forces armées), la Conférence des forces armées centraméricaines (où le Canada agit à titre d’observateur), et le Système de sécurité régional des Caraïbes orientales (qui promeut la coopération entre les États membres).

Conclusion

Le Canada fait partie des Amériques. Cette région se trouve dans notre entourage immédiat et nous avons bien l’intention d’être un bon voisin, en collaborant de façon positive et constructive avec les pays qui partagent notre hémisphère. Je suis conscient que l’environnement de sécurité des Amériques a considérablement changé au cours des deux dernières décennies, et qu’il continue d’évoluer. Les enjeux de défense et de sécurité sont majeurs; il faut les aborder en adoptant une approche multidimensionnelle, pour laquelle la participation de forces armées traditionnelles n’est pas toujours pertinente. Ces enjeux ont des répercussions claires sur les intérêts de sécurité et de défense du Canada, et il est évident que les Forces canadiennes ont un rôle à jouer pour relever les défis qu’ils posent ou qu’ils pourraient poser. Les Forces canadiennes et le ministère de la Défense nationale sont disposés et préparés à poursuivre le renforcement des relations dans la région, fondées sur la réciprocité, le respect et la confiance, en vue d’établir des liens solides et durables. Nous avons une mission à accomplir, une mission qui s’insère dans une approche pangouvernementale et dans l’engagement global du gouvernement au sein des Amériques.

Je suis enchanté d’avoir pu rendre visite à certains de mes homologues et autres dirigeants supérieurs des Amériques, non seulement pour établir avec eux des relations interpersonnelles positives, mais aussi pour comprendre par moi-même l’importance de l’hémisphère pour les Forces canadiennes. À plusieurs égards, nous travaillons discrètement avec nos partenaires régionaux depuis un certain temps déjà, dans le cadre, notamment, du Programme d’instruction et de coopération militaires, des exposés d’état­major, et de la participation aux trois conférences de service de l’hémisphère. Toutes les activités que nous menons dans la région s’insèrent parfaitement dans l’engagement du gouvernement au sein des Amériques et la stratégie de défense Le Canada d’abord. De nombreuses possibilités s’offrent aux Forces canadiennes sur les plans de la poursuite des missions actuelles et de la création de nouvelles occasions de coopération avec nos voisins et partenaires. Notre participation continue et future dans la région, bien que modeste, sera concrète et durable. Les Amériques constituent un territoire vaste, diversifié et dynamique. S’il reste toujours des difficultés à surmonter, la situation actuelle des Amériques est généralement porteuse d’espoir. Les Forces canadiennes sont prêtes et aptes à aider notre gouvernement dans son important effort de réengagement et à collaborer avec les partenaires de l’hémisphère pour poursuivre les progrès constants accomplis jusqu’à maintenant.

Le Caporal–chef Matt Macaulay et son patient

DND photo IS2008–2524 by Sergeant Paz Quillé

Le Caporal–chef Matt Macaulay, technicien médical de St. John’s, â Terre Neuve, prend la pression artérielle d’un homme â Trinidad et Tobago dans le cadre de l’exercice Continuing Promise, le 2 novembre 2008.

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Le Général Walt Natynczyk, CMM, MSC, CD, officier de l’Arme blindée, est le Chef d’état-major de la Défense du Canada. Il a effectué une formation en administration des affaires au Collège militaire Royal Roads et au Collège militaire royal, en plus d’être diplômé du Collège d’état-major et de commandement des Forces canadiennes, du cours de tactique toutes armes du R.-U. (UK All Arms Tactics Course) et du US Army War College.

Nancy MacKinnon est conseillère spéciale auprès de la Direction – Politique de l’hémisphère occidental du MDN. Elle a fait partie du secrétariat exécutif canadien qui a organisé la VIIIe Conférence des ministres de la Défense des Amériques, tenue à Banff (Alberta) en 2008. Elle possède un baccalauréat en journalisme et sciences politiques ainsi qu’une maîtrise ès arts en affaires internationales.

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