Le Canada et le monde
Photo du MDN AS2006–0374a par le Sergent Dennis Power
Des soldats canadiens vérifient l’identité de combattants talibans capturés par l’Armée nationale afghane (ANA), le 17 mai 2006.
Qui est l’adversaire? Pathans, talibans et perspectives de paix
par Keith Cameron
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Introduction
Le Canada, de concert avec d’autres pays et avec l’OTAN, a entrepris un laborieux effort de reconstruction de la nation afghane dans le contexte du Pacte pour l’Afghanistan (2006), dont l’Organisation des Nations Unies (ONU) a été le promoteur. Il n’y a rien de facile ni de simple dans cet effort, qui aura fort probablement été bien plus pénible, plus long et plus coûteux qu’on ne l’avait envisagé en 2002, à l’arrivée des premiers militaires canadiens à Kandahar. Il s’est écoulé plus de sept ans depuis les opérations militaires initiales visant à retirer le pouvoir aux talibans et l’Afghanistan est encore aux prises avec une insurrection tenace au sud. Comme le déclarait en 1964 sir Olaf Kirkpatrick Kruuse Caroe, diplomate britannique : « […] au contraire d’autres guerres, les guerres afghanes ne deviennent sérieuses qu’après avoir pris fin; pendant la période britannique, du moins, elles étaient suivies d’agitation tribale tardives »1. Les combattants échappent encore largement à la compréhension de nombre d’Occidentaux. Graeme Smith a fait ressortir ce point dans un article intitulé « Portrait of the Enemy » paru dans le Globe and Mail du 22 mars 2008. Il y écrit : « […] au niveau le plus fondamental, les talibans demeurent un mystère. Peu d’analystes ont la prétention de pouvoir dire si un combattant moyen déposera ses armes, et si oui, dans quelles circonstances » (Traduction libre).
Le présent article porte sur l’agitation qui règne en ce moment parmi les tribus afghanes, et particulièrement dans les tribus pathanes, qui constituent le gros des talibans et de l’insurrection soutenue du Sud. Je m’intéresserai particulièrement aux influences respectives de la culture et des structures du pouvoir chez les peuples pathans. Ces influences ont une importance appréciable au chapitre des efforts de lutte contre l’insurrection talibane. La culture, premièrement, est un mélange de tribalisme et d’islamisme. La capacité de séparer l’un de l’autre et d’isoler l’islamisme radical influe sur les chances de la diplomatie et des pourparlers de favoriser la stabilité dans la région. Deuxièmement, les structures sous jacentes du pouvoir nourrissent le conflit. Les frontières ont été tracées sans égard aux peuples, les séparant arbitrairement et les luttes politiques internes, qu’elles soient tribales ou nationales, contribuent elles aussi à la violence actuelle. Les luttes de pouvoir peuvent faire l’objet d’une mise en équilibre réaliste et, souvent, elles sont réglées par l’opposition de forces militaires et économiques. Dans le présent article, je conclue finalement que la compréhension de la dynamique locale du pouvoir est essentielle au succès à court terme et à l’établissement des conditions de la paix. Les perspectives à long terme exigent un appel fructueux à la culture pour miner le cycle actuel de la violence.
Les gens : les tribus pathanes et l’influence talibane
Le défi de sécurité afghan a ses racines dans la dynamique tribale, un terrain fertile pour l’insurrection. Le pouvoir central a été contesté de tout temps, les Afghans s’identifiant souvent à leurs affiliations familiales et tribales plutôt qu’à la nation, ce qui est particulièrement vrai des plus importants groupements tribaux de Pachtouns, ou de Pathans, établis dans le Sud instable2. Olaf Caroe, dernier gouverneur de l’Inde britannique avant son indépendance, avait une connaissance personnelle du peuple pathan. Soulignant la force des liens sociaux, il écrivait : « […] il est en effet douteux qu’il existe aujourd’hui, ailleurs dans le monde tribal, une organisation tissée aussi serrée qu’une tribu pathane dans l’interconnexion et la relation des diverses parties de l’arbre, jusqu’à la dernière brindille […] la part ancestrale du compte tribal des profits et pertes est une partie essentielle de cette tradition tribale et elle guide la tribu en temps de paix comme en temps de guerre »3. La terre afghane a été foulée par des envahisseurs très divers, tels Alexandre le Grand, Gengis Khan, les Moghols indiens, les Britanniques et les Soviétiques. On ne saurait s’étonner qu’un passé si houleux ait produit une culture imbibée de la méthode forte. Caroe relate un entretien qu’il a eu avec un chef pathan qui relatait le récit tribal d’un combat mené, en 1586, contre les armées des Moghols (l’Inde actuelle) : « Jamais, dans toute l’Histoire, les Yusufzais [une tribu pathane maintenant établie dans le nord du Pakistan] de ce pays n’ont été les sujets d’un empire ». On peut confirmer cette prétention. Ce peuple […] n’a jamais versé d’impôts à Delhi ni à Kaboul »4. Reconnaissant une indépendance informelle, les Britanniques, à la fin des années 1800, qualifiaient le territoire situé au delà de l’actuelle frontière pakistanaise de ghairilaqa (territoire non administré) ou le surnommaient le Yaghistan (la terre des rebelles)5. Cette attitude est toujours présente, comme le confirmait un taliban interrogé récemment dans la province de Kandahar : « Nous sommes un peuple de guerriers »6.
©Hulton-Deutsch Collection⁄Corbis⁄HU012416
Camp britannique en Afghanistan, en décembre 1879.
Les liens tribaux pathans s’expriment traditionnellement par le code coutumier nommé pachtounwali. Ce code incarne, d’une part, les concepts de parenté, d’hospitalité et d’asile pour ceux qui en font la demande. Le pachtounwali, d’autre part, sanctionne la querelle, se faisant le défenseur de la vengeance forcément encourue pour avoir attaqué l’un des membres de la famille. Le code assure une vague sécurité, tout en perpétuant une culture axée sur la violence :
[Il existe] un moyen selon lequel, en l’absence d’État, des zones de sécurité sont établies pour les voyageurs. Le système, cependant, repose sur un équilibre toujours mouvant de terreur qui fait des ennemis de ses amis, puis à nouveau ses amis, en un clin d’œil. Et cette éthique de l’honneur grave profondément dans la conscience culturelle la vengeance par la violence et la culpabilité collective7.
La culture tribale est empreinte de loyautés internes changeantes et mouvantes. Akbar Ahmed, un ancien agent politique pakistanais pour la province frontalière du Sud Waziristan, enseigne actuellement à l’Université américaine. Il connaît bien les stratégies internes du pouvoir tribal. Comme il l’indique dans son ouvrage, Resistance and Control in Pakistan, « créer un problème, le contrôler et y mettre fin est une mesure reconnue et très bien vue d’appréciation de l’habileté politique »8. La culture tribale est à la fois cohésive et divisée.
Les tribus afghanes ont connu l’unité dans le passé, bien que l’historien Louis Dupree compare ce modèle à celui d’un « dirigeant charismatique ayant réussi la fusion en laissant dans son sillage la fission »9. L’exemple le plus notoire d’unité afghane a été l’empire d’Ahmad Shah (de la branche des Durrani de la tribu pathane), qualifié de « premier et plus puissant des rois afghans »10. Le règne des Durrani a duré de 1747 jusqu’à sa désintégration en 1793, survenue au fil des rébellions internes qui ont suivi le décès du fils d’Ahmad Shah. D’autres maîtres sont apparus et ont disparu au cours des années suivantes, et cette période s’est conclue par le règne du dernier roi, Zahir Shah (aussi de la lignée des Durrani), couronné en 193311. La modernisation, entamée au début du XXe siècle, a entraîné la fragmentation du tribalisme. À la suite des migrations et des mouvements vers les centres urbains, en quête de travail, s’est produite « une transition des fonctions économiques du village du clan à la famille étendue, en dépit de la perte de l’unité résidentielle proximale »12. Bien que le tribalisme ait été affaibli par l’urbanisation, les intrigues politiques afghanes étaient encore souvent axées sur la famille. Le roi Zahir Shah a été déposé par son cousin en 1973. Le modèle tribal, cependant, a subsisté :
Un chef apparaît et le sentiment tribal est unifié par la poussée d’enthousiasme qui emporte tout devant elle… Ensuite, le chef s’abandonne à la gloriole, le stimulus qui avait donné lieu à l’unité faiblit, l’envie et la malveillance se manifestent. L’effort, stable et soutenu, qu’il faut investir pour maintenir la position gagnée dépasse les capacités de la tribu. Le terrain gagné est perdu, le chef perd la confiance des siens et est défait13.
Il faut aussi comprendre le peuple pathan à la lumière de l’influence historique de l’islam, qui se superpose à la culture tribale. Caroe fait remonter l’influence islamiste à une période qu’il situe entre le VIIe et le Xe siècles14. La combinaison de l’islam et d’une société profondément enracinée dans le tribalisme produit ce que le Louis Dupree, Ph.D., de l’université Duke, l’une des plus grandes autorités mondiales sur l’Afghanistan, qualifie de ‘société introvertie’, d’où « la perpétuation d’un statu quo déterministe selon lequel un homme qui joue dans la société le rôle qui lui a été attribué (et non le rôle qu’il a choisi) peut s’attendre, en guise de récompense, à être reçu au paradis »15. L’intégrisme islamique est tout aussi profond. Bien que le journaliste et auteur pakistanais bien connu Ahmed Rashid soutienne « [qu’]avant les talibans, l’extrémisme religieux n’avait jamais prospéré en Afghanistan »16, on a surnommé le saint musulman Pir Baba « talib ul ‘ilm, ou chercheur de la vérité »17 lors d’une controverse religieuse qui, en 1540, a galvanisé les groupes tribaux pathans.
Les talibans modernes prennent le même nom et se réclament de la même orthodoxie. Ils ont émergé par suite de l’occupation soviétique, à l’époque de la guerre froide, et de la très longue guerre civile qui a immédiatement suivi. Ahmed Rashid signale qu’en 1994, les talibans « se considéraient comme les agents de nettoyage et de purification d’une guerre de partisans ayant fait fausse route, d’un système social qui avait mal tourné et d’un mode de vie islamique compromis par la corruption et les excès »18. Rashid s’exprimait ainsi avant les événements du 11 septembre 2001, mais il fournit une analyse solide de la montée et des effets des talibans en Afghanistan. Il décrit les talibans comme un mouvement islamique radical cherchant à se substituer tant à la coutume tribale traditionnelle qu’à la culture islamique traditionnelle modérée. Il souligne les influences corrosives d’une guerre à long terme. Les talibans, provenant en grande partie de camps de réfugiés pathans et de madrasas (écoles islamiques) situées le long de la frontière avec le Pakistan, « appartiennent à une génération qui n’a jamais connu la paix dans son pays […]. Ils n’ont aucun souvenir de leur tribu, de leurs aînés, de leurs voisins ou de la mixité ethnique souvent complexe des gens qui peuplaient leurs villages et leur terre natale »19. Les croyances religieuses fondamentales des talibans étaient considérées comme incompatibles avec toute forme de compromis. Ils ont, cependant, conservé leur point central traditionnel, soit un chef fort et capable d’unifier, en la personne du mollah Omar. Comme le précise Rashid, « l’obsession d’un islamisme radical n’est pas la création d’institutions; c’est le caractère et la pureté de son chef »20.
En dépit de la perte du patrimoine tribal et de la disparition des aînés qui en avaient assuré la continuité, la culture tribale pathane est entremêlée au radicalisme des talibans. Le succès des talibans, au chapitre de la prise du pouvoir de 1994 à 1997, peut être attribuable à la combinaison d’un vaste attrait tribal, qui « a galvanisé le nationalisme pachtoun » et de la motivation maîtresse issue d’une « interprétation extrême de la shari’a, ou loi musulmane »21. Cette association a donné lieu à des confrontations entre les talibans et la communauté internationale après les événements du 11 septembre 2001. L’intransigeance talibane a été « façonnée par la combinaison des vues religieuses extrémistes et du code particulier du pachtounwali », qui disposait les talibans « à sacrifier leur pouvoir politique et économique, et de fait, leur survie même »22. Pareille intransigeance subsiste sous la forme d’une insurrection toujours présente dans le Sud de l’Afghanistan.
Structure : une lutte de pouvoir
Il faut aussi envisager, en plus des racines tribales et islamistes extrémistes, diverses autres causes structurelles. Comme on le voit à la figure 1 ci dessous, la frontière pakistano afghane coupe en deux la région tribale pathane. Le différend frontalier continu qui découle de cette division enflamme les luttes de pouvoir internes des Pathans et constitue en soi une source de conflit entre États.
Divers commentateurs insistent sur l’importance de l’absence de reconnaissance universelle de la ligne Durand, de l’époque coloniale britannique, qui constitue le tracé de la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan. Gordon Smith, du Canadian Defence and Foreign Affairs Institute, croit que « l’absence persistante de résolution du problème de la ligne Durand est un facteur important qui alimente l’instabilité et les activités d’insurrection dans les zones frontalières »23. Le cabinet d’experts conseils britannique Middlebrook and Miller précise que « le problème clé n’est pas la démarcation en soi; c’est l’absence de reconnaissance officielle de cette démarcation par les collectivités qui vivent dans la région qui restreint d’autant la prestation de services gouvernementaux et l’instauration de dispositions de sécurité »24. Ce manque de services et d’ordre entretient le cycle de l’instabilité.
Le problème de la frontière peut aussi être un signe de luttes de pouvoir sous jacentes entre les tribus pathanes qui chevauchent la ligne Durand et les gouvernements de Kaboul et d’Islamabad. Bien qu’elle ait, à l’origine, été tracée pour marquer la portée de l’influence britannique dans le Nord de l’Inde25, la frontière divise les Pathans et, ainsi, limite leur pouvoir. La présence de cette frontière contestée permet à l’Afghanistan et au Pakistan d’exploiter les divisions tribales internes et de se disputer une influence relative. Le rapport Manley décrit ainsi certaines de ces influences déstabilisantes :
Les insurgés ont continué à trouver refuge au Pakistan, où ils peuvent regarnir leurs coffres, se réarmer et recruter de nouveaux membres, dont certains viennent de l’étranger. Le désarroi politique qui sévit en ce moment au Pakistan même amplifie la menace déstabilisante que représente l’insurrection à la fois pour le Pakistan et pour l’Afghanistan26.
Gordon Smith observe plus loin que « la résolution [du problème entourant] la ligne Durand devrait figurer parmi les nombreux facteurs importants d’amélioration des relations entre le Pakistan et l’Afghanistan et d’élargissement du contrôle ultime de l’État aux zones et tribus frontalières »27. S’il y avait victoire des insurgés dans le Sud de l’Afghanistan, la ‘guerre du Pachtounistan’ pourrait prendre de l’ampleur et viser à réunir les tribus séparées par les frontières internationales »28. Une telle guerre pourrait déclencher dans la province pakistanaise de la Frontière du Nord Ouest et dans le territoire contesté du Cachemire des conflits auxquels pourraient participer les États possédant des armes nucléaires que sont l’Inde et le Pakistan. Une multitude de fondements historiques appuie cette possibilité. Prenant note de l’agrandissement du royaume des Durrani dans les années 1850, qui englobait de grandes régions du Pakistan actuel, y compris la ville de Peshawar, et des parties des plaines de la province de la Frontière du Nord Ouest, Caroe rappelle la revendication afghane faite en 1947 : « [qu’]advenant le retrait du pouvoir britannique, toute la contrée pathane, jusqu’aux Indes, relèverait de la souveraineté afghane »29. Middlebrook et Miller estiment qu’un nationalisme pathan puissant peut mener à « la disparition tant du Pakistan que de l’Afghanistan dans leur forme moderne »30. L’intégrité de ces deux pays étant menacée, la lutte de pouvoir sous jacente devient évidente. Les Pathans sont littéralement entre deux feux.
Approches
Le lecteur aura déjà trouvé dans le présent article la description des luttes de pouvoir propres aux peuples pathans et, par conséquent, de l’insurrection dirigée par les talibans dans la partie méridionale de l’Afghanistan et dans les zones tribales pakistanaises. Des stratégies tenant compte de ces spécificités, que pourraient mettre en œuvre le gouvernement afghan et la communauté internationale, sont présentées dans la deuxième partie du texte. Le problème actuel prend la forme d’une lutte physique pour le contrôle du territoire et d’un conflit d’idéologies. Cela nous amène à nous concentrer sur l’emploi de la force et de la coercition ainsi que sur un appel à la culture tribale pathane. Les stratégies de la doctrine réaliste, qui traitent de pouvoir et sont souvent perçues comme les mieux applicables aux études de la sécurité, seront mises à profit. Elles seront adaptées au contexte culturel compte tenu du caractère tribal et religieux des Pathans.
La perspective réaliste est axée sur la lutte pour la survie de l’État dans un système international anarchique. Le réalisme adopte un point de vue centré sur l’État, tenant pour acquis que tous les États ont des buts semblables (le pouvoir pour assurer la survie), mais que leurs capacités peuvent être nettement différentes (en ce qui a trait aux forces relatives). Il s’agit d’une structure d’anarchie internationale où l’État survit par ses propres moyens et où personne ne fait respecter l’ordre international. Bien que les talibans ne constituent pas un État, les luttes de pouvoir et l’anarchie relative de la culture tribale sont perçues comme assez comparables. La doctrine réaliste prône l’équilibre du pouvoir comme moyen d’assurer la paix. Kenneth Waltz, de l’Université Columbia, déclare que « la paix se maintient grâce à un équilibre délicat de contraintes internes et externes »31. La paix est donc établie par la création d’un équilibre des pouvoirs plus favorable, que ce soit par l’emploi de la force, la menace d’emploi de la force et la gratification de la coopération par des moyens diplomatiques, ou la création d’alliances permettant de se donner le même poids que l’opposant. Des considérations d’ordre culturel influent sur ces options de politique.
a. Le rôle du pouvoir
Le rapport Manley décrit avec clarté la lutte de pouvoir qui se déroule en Afghanistan. Du point de vue militaire, « les Forces canadiennes et d’autres membres de la FIAS mentionnent que leur stratégie de libération, de protection et d’aide au développement a produit de très bons résultats » tandis que les talibans cherchent « à perturber la population, à ébranler la confiance de celle ci dans la capacité du gouvernement à assurer la sécurité, ainsi qu’à décourager suffisamment les populations des pays membres de la FIAS pour les amener à retirer leurs forces »32. Dans ce contexte, la menace et l’emploi de la force militaire constituent un composant essentiel. La force peut servir à frustrer les talibans qui menacent activement la population et les forces de la FIAS, à les tuer ou à les capturer, et à affaiblir le mouvement. La force sert aussi, et cet aspect n’a pas moins d’importance, à contrecarrer les intérêts généraux des talibans et à ouvrir la voie aux pourparlers. William Zartman, professeur émérite de l’Université Johns Hopkins, en vient à la conclusion suivante dans son étude sur la faisabilité de négocier avec des extrémistes : « [u]ne leçon générale à tirer de cas comparables est qu’il faut d’abord mettre la violence en échec et démontrer qu’elle est inopérante pour que le mouvement, en tout ou en partie, se tourne vers la politique et renonce à l’option de la violence »33. D’autres auteurs s’entendent sur le lien explicite entre la force et la perspective de négociations, déclarant que les extrémistes « doivent avoir la conviction qu’ils peuvent, de fait, atteindre leurs buts au moyen de la négociation et qu’ils n’y arriveront jamais par le maintien de la violence, face à des obstacles impénétrables ou à une force écrasante »34 (l’insistance figurait dans l’original). La FIAS et l’Armée nationale afghane continuent d’employer la force de cette manière contre les insurgés.
REUTERS⁄Reuters TV⁄RTR1RV9S
Osama bin Laden
b. Force et diplomatie
Dans une optique réaliste, la diplomatie peut être condensée dans la reconnaissance réciproque des impératifs du pouvoir, qui, en bout de ligne, ont l’appui de la force militaire. L’accent porte sur la démonstration des liens du pouvoir. L’érudit en politique étrangère et relations internationales Robert Art, de l’Université Brandeis, écrit que « parce que la contrainte peut comprendre à la fois des menaces et l’emploi de la force, on ne peut nécessairement conclure pour autant que la contrainte a failli si les menaces ont été mises à exécution »35. Shah Tarzi examine le concept de la diplomatie coercitive dans son étude des efforts diplomatiques déployés par les États Unis de 1998 à 2001, qui ont donné lieu à l’établissement de liens avec les talibans par l’entremise d’intermédiaires pakistanais. Des efforts particuliers ont été déployés pour convaincre le gouvernement taliban de renoncer au terrorisme et, dans les jours qui ont suivi les événements de septembre 2001, de livrer Oussama ben Laden. Les pourparlers de cette nature reposaient sur la menace d’employer la force, mais « cette menace était toujours suivie de mesures d’incitation »36. L’intervention militaire subséquente en Afghanistan a illustré l’échec de ces pourparlers en 2001, mais le glissement marqué de l’équilibre des pouvoirs survenu depuis peut porter à l’optimisme. Une organisation talibane très affaiblie risque d’être plus ouverte à la négociation. D’après Tarzi, cependant :
Présupposer un comportement rationnel de la part de l’État cible ou des groupes visés constitue en soi une proposition discutable qui limite l’utilité de la politique de coercition. Plus précisément, quand on fait face à des groupes terroristes ou à des États non viables au sein desquels le leadership a des points de référence religieux et culturels radicalement différents, de nature messianique et hautement destructifs, la notion même de comportement rationnel devient un cadre de référence lié à la culture37.
Zartman aussi reconnaît la difficulté d’en venir à un règlement négocié compte tenu du choc d’intérêts quasi antagonistes du conflit afghan. Il établit une distinction entre les conflits armés nationalistes, comme ceux du Kosovo ou de l’Irlande du Nord, et les conflits avec des extrémistes religieux comme les dirigeants talibans :
Il n’est pas facile de trouver des parallèles exacts. Les mouvements nationalistes qui se dressent contre un ennemi dominateur, ainsi qu’on l’a vu au Kosovo, en Macédoine, en Palestine et en Ulster, sont des cas quelque peu similaires, mais ils avaient des buts définis et, en bout de ligne, négociables. D’autres exemples de mouvements religieux, ethniques ou idéologiques observés en Algérie (1990 1996), au Rwanda (1990 1994) et en Colombie (1980 ) comportent des tentatives de destruction totale de l’ennemi pour atteindre des buts non négociables; ces mouvements ont été écrasés, cooptés et marginalisés en Algérie mais, dans les deux autres cas, ils n’ont produit que peu de leçons de négociabilité38.
La diplomatie, à ce moment, même dans le contexte des liens de pouvoir, doit se concentrer sur les intérêts nationaux ou, dans le cas présent, sur les intérêts pathans, tout en évitant la négociation axée sur les idéologies, qui serait infructueuse. Bertram Spector, Ph.D., du Center for Negotiation Analysis, donne des conseils sur ce type de négociation, qui repose sur le secret, sur des tiers ou sur les médias. Il précise : « L’histoire a démontré que de dures négociations avec des terroristes ont une chance de porter fruit si l’État a amplement la capacité de se retirer sans perdre la face ou furtivement et de se soustraire à la capitulation et aux accusations de concessions déshonorantes en cas d’échec de ses efforts »39.
c. Équilibre interne du pouvoir
Il est possible de maintenir le pouvoir par l’équilibre, par la formation d’alliances de force égale ou supérieure à celles des contestataires et par la division des alliances opposées. Dans une analyse des campagnes antérieures menées contre des extrémistes, on remarque les mentions suivantes : « [L]a réaction historique est une politique à deux faces de gratification et de répression [qui fonctionne en] récompensant d’une part la modération et en encourageant d’autre part la scission des rebelles, tout en […] contenant l’aile pilleuse, en contrôlant les occasions de pillage et en accroissant le freinage de la violence »40. Cette méthode a été employée tant par les agents britanniques que par les agents pakistanais pour maintenir le fractionnement des tribus pathanes afin qu’elles demeurent bien disposées à leur égard. Le commentateur social américain Stanley Kurtz décrit ainsi l’emploi de cette politique dans ce qui est maintenant la province pakistanaise du Waziristan : « [L]es Britanniques faisaient fi des luttes tribales quand les enjeux étaient modestes. Par contre, si une tribu semblait avoir la possibilité de prendre l’avantage de façon permanente, ils intervenaient pour que les opposants continuent d’être à couteaux tirés dans une égalité approximative »41. Les changements survenus chez les forces tribales exigeaient de nouvelles alliances.
Cette option a connu un certain succès dans le maintien d’un degré minimal de violence, mais n’a pas produit des solutions à long terme. L’instabilité à laquelle l’Inde britannique d’abord, et ensuite le Pakistan, ont fait face est toujours présente de nos jours. Faire appel aux divisions internes peut, cependant, constituer un moyen de séparer le tribalisme et l’islamisme extrémiste. S’il est possible d’identifier des groupes tribaux modérés parmi les talibans, le soutien militaire et économique pourra réussir à affaiblir les principaux extrémistes islamistes. Par contre, les gains à long terme peuvent compromettre les buts de la communauté internationale en Afghanistan. Kurtz soutient que « apprendre à jouer le jeu des tribus ne revient pas du tout à établir une démocratie véritable, ce qui entraînerait la transcendance du jeu proprement dit »42.
d. Équilibre régional des pouvoirs
Les intérêts internationaux généraux requerront également le recours à la recherche de l’équilibre des pouvoirs. Gordon Smith signale qu’en raison des liens tribaux élargis, la « destruction du mouvement taliban – si elle est possible – à l’heure actuelle se traduit essentiellement par la destruction de l’influence pakistanaise en Afghanistan »43. Le Pakistan a donc intérêt à poursuivre l’insurrection, même aux dépens de sa stabilité interne. L’Afghanistan, par ailleurs, cherche de l’influence pour contrebalancer le Pakistan en maintenant sa contestation de la ligne Durand. C’est actuellement l’Afghanistan qui profite le plus de l’aide internationale, de la présence de forces armées et de l’aide étrangère. Les pressions diplomatiques devraient donc amener l’Afghanistan à reconnaître la ligne Durand et à négocier le règlement des griefs non résolus. Sous la pression des États Unis, le Pakistan pourrait poser un geste de réciprocité en réduisant le soutien et l’asile consentis aux talibans. En offrant à des talibans modérés de faire partie du gouvernement afghan, on pourrait éviter d’exclure l’influence pakistanaise. Une offre de cette nature a été formulée en 2001, avant l’Accord de Bonn et, dans les circonstances actuelles, qui ont beaucoup évolué, elle pourrait être revue et corrigée44.
e. Miner une culture de violence
La culture peut aider à définir des approches propres à chaque conflit, susceptibles de complémenter les considérations liées au pouvoir déjà citées. La culture pathane que j’ai décrite ici se compose de tribalisme et de religion. Les Pathans peuvent adhérer de loin ou avec force à ces deux éléments. Le mouvement taliban repose sur un tribalisme affaibli par des années de guerre et sur un nœud d’extrémisme islamique.
On estime que l’extrémisme islamique limite l’attrait culturel. Zartman soutient avec force que le radicalisme islamique est « une partie d’une nature culturelle plus profonde qui se sent offensée et menacée par l’invasion intangible d’un Occident modernisé et ostensiblement homogénéisant et par l’invasion physique d’entreprises, d’armées, d’universités, voire de modes vestimentaires, et par le soutien apporté aux régimes impies locaux […]. Dans sa forme actuelle, il n’y a rien à négocier, pour personne et avec personne »45. C’est cette forme de conflit farouche à laquelle Samuel Huntington songeait quand il a déclaré que « les grandes divisions de l’humanité et la source dominante des conflits sont culturelles »46. Dans le cas qui nous intéresse, Huntington préconise simplement la non intervention : « Dans l’avenir pertinent, il n’y aura pas de civilisation universelle, mais plutôt un monde de civilisations différentes, dont chacune devra apprendre à coexister avec les autres »47. En Afghanistan, faire face par le désengagement au choc des cultures n’est pas perçu comme une option victorieuse. Il est toutefois intéressant de noter que l’engagement ne mène pas nécessairement à une forme quelconque de « désaccord à l’amiable » réciproque. Une analyse culturelle laisse entendre qu’il existe des différences idéologiques irréconciliables entre la communauté internationale et les talibans.
Photo du MDN IS2007–0667 par le Caporal–chef Robert Bottrill
Les forces de l’Armée nationale afghane (ANA) retiennent un homme soupçonné de faire partie des Talibans tout en patrouillant la zone autour d’un nouveau point de repère dans le District de Zhari, en Afghanistan, le 20 novembre 2007.
On fonde beaucoup plus d’espoir dans un appel aux sensibilités tribales, particulièrement dans la reconnaissance du code d’hospitalité et de justice vengeresse du pachtounwali. Premièrement, on peut miner l’extrémisme des jeunes talibans élevés dans les camps de réfugiés pakistanais en renforçant la position des aînés pathans restants qui administrent le code. Des efforts d’intégration d’un code de justice national afghan aux pratiques tribales traditionnelles pourraient être utiles à cet égard. Le document Afghan Human Development Report 2007 défend un tel « modèle hybride de justice afghane où les institutions de justice traditionnelles coopéreront avec les institutions de justice de l’État et collaboreront avec elles »48. Deuxièmement, les opérations militaires de la FIAS pourraient être structurées de manière a réduire la justification de la vengeance chez les Pathans. Un article paru dans le Globe and Mail du 24 mars 2008 suggère que les talibans comptent dans leurs rangs « une concentration inusitée d’expérience directe de la mort par explosif » et que « les soldats de l’OTAN ont vu à maintes reprises les talibans forcer des civils à se mettre dans des situations dangereuses en espérant que les militaires étrangers les tuent, s’attirant ainsi le courroux du village »49. En faisant preuve de plus de réserve dans l’emploi de la puissance aérienne et dans l’acquisition de cibles à grande distance, on pourrait utiliser davantage de soldats sur le terrain. Cela se traduit bien sûr par la hausse des risques courus par les militaires de la FIAS, mais ces risques peuvent jouer un rôle extrêmement précieux dans la rupture du cycle de la violence. D’autre part, comme le pachtounwali impose aux proches parents le fardeau de la vengeance, un ciblage sélectif de personnes peut avoir des inconvénients à long terme. Avec des preuves adéquates, des arrestations de masse et la détention de groupes familiaux complets peuvent mieux réussir à perturber l’insurrection et à prévenir la vengeance. L’augmentation du recours à des militaires afghans dans la lutte à l’insurrection requerrait aussi une étude minutieuse pour éviter la perpétration ‘amie’ de la vengeance tribale. De telles stratégies peuvent aider à miner l’aspect violent de la culture pathane actuelle tout en appuyant ses côtés positifs et l’ordre social.
Conclusion
Il a été démontré, dans le présent texte, que la culture pathane est un mélange de tribalisme et d’islamisme. Les talibans sont le résultat d’un tribalisme affaibli et d’un islamisme extrême. Cependant, même affaibli, le tribalisme exerce une grande influence sur cette culture vieille de plusieurs siècles. Par surcroît, les problèmes structurels, comme le différend frontalier entre l’Afghanistan et le Pakistan, renforcent l’insurrection dirigée par les talibans. Il faudra recourir à la force pour combattre la violence des insurgés. Les moyens militaires devront être combinés à la diplomatie, coercitive s’il le faut, et à une politique délibérée de création d’équilibre des pouvoirs favorable, à l’échelle tribale et entre l’Afghanistan et le Pakistan, pour entamer le règlement des problèmes structurels sous jacents. Il serait bon de favoriser les alliances intertribales pour diviser les talibans, bien que la question de la ligne Durand doive être résolue au niveau des États. Pour complémenter ces stratégies réalistes classiques, des opérations de contre insurrection devrait venir soutenir les aspects souhaitables du code pachtounwali, tout en cherchant à briser le cercle vicieux de la vengeance. La réforme de la justice devrait renforcer le pouvoir des aînés tribaux. Les opérations militaires doivent reconnaître qu’une présence sur le terrain est un moyen supérieur au ciblage à grande distance. Prises de concert, de telles politiques contribueront à l’effort international que décrivait en ces termes James Dobbins, ancien envoyé spécial des États Unis en Afghanistan : « rediriger la concurrence pour la richesse et le pouvoir, qui existe dans toutes les sociétés, de ses canaux violents vers des canaux pacifiques »50.
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Le Major Keith Cameron, membre chevronné du génie de combat, a effectué trois périodes de service, la dernière à titre de commandant du 24e Escadron de campagne à Kaboul, en Afghanistan, dans le cadre de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) en 2003 2004. Tout en travaillant à sa maîtrise en Science politique à l’University of Western Ontario, il exerce les fonctions d’adjoint administratif du Représentant militaire du Canada au siège de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), à Bruxelles.
Notes
- Caroe, Olaf. The Pathans: 550 BC – AD 1957, Londres, Macmillan, 1964, p. 397.
- Manley, John et autres. Groupe d’experts indépendant sur le rôle futur du Canada en Afghanistan, Ottawa, Ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux, 2008, accessible en direct à l’adresse http://dsp psd.pwgsc.gc.ca/collection_2008/dfait maeci/FR5 20 1 2008F.pdf, consulté en anglais le 17 janvier 2008, p. 10.
- Caroe, p. 11.
- Idem, p. 205.
- Idem, p. 347.
- Smith, Graeme. « Facing the Enemy », dans le Globe and Mail du 22 mars 2008, p. A16.
- Kurtz, Stanley. « Tribes of Terror », sur le site du Claremont Institute, 27 décembre 2007, accessible à l’adresse http://www.claremont.org/publications/crb/id.1507/article_detail.asp, consulté le 5 mars 2008.
- Idem.
- Dupree, Louis. Afghanistan, Princeton, New Jersey, Princeton University, 1973, p. 340.
- Caroe, p. 258.
- Dupree, p. 476.
- Idem, p. 191.
- Caroe, p. 305 306.
- Idem, p. 90, 113.
- Dupree, p. 250.
- Rashid, Ahmed. Taliban: Militant Islam, Oil and Extremism in Central Asia, New Haven, Connecticut, Yale University Press, 2000, p. 85.
- Caroe, p. 198.
- Rashid, p. 23.
- Idem, p. 32.
- Idem, p. 86.
- Idem, p. 2.
- Tarzi, Shah M. « Coercive Diplomacy and an ‘Irrational’ Regime », dans International Studies, 42, no 1, 2005, p. 40.
- Smith, Gordon. Canada in Afghanistan: Is It Working?, Calgary, Canadian Defence & Foreign Affairs Institute, 2007, accessible à l’adresse http://www.cdfai.org/PDF/Canada%20in%20Afghanistan%20Is%20it%20Working.pdf, consulté le 17 janvier 2008, p. 5.
- Middlebrook, Peter J. et Sharon M. Miller. « All Along the Watch Tower: Bringing Peace to the Afghan Pakistan Border », dans Foreign Policy Futures, New York, Middlebrook & Miller, 10 octobre 2006, antérieurement accessible en direct à l’adresse http://www.middlebrook miller.com/html_pages/publications.html, consulté le 26 février 2008, p. 5.
- Caroe, p. 381 383.
- Manley et autres, p. 13.
- Smith, p. 5.
- Idem, p. 23.
- Caroe, p. 436.
- Middlebrook et Miller, p. 8.
- Waltz, Kenneth. « Structural Realism after the Cold War », dans International Security 25, no 1, 2000, p. 13.
- Manley et autres, p. 13 14.
- Zartman, William. « Negotiating internal, ethnic and identity conflicts in a globalized world », dans International Negotiation 11, 2006, p. 268.
- Spector, Bertram. « Negotiating With Villains Revisited: Research Note », dans International Negotiation 8, 2004, p. 618.
- Art, Robert. « Coercive Diplomacy », dans Power and Principle in Statecraft and the Consequences of Anarchy, Robert Art et Robert Jervis (éditeurs), New York, Pearson, 2007, p. 164.
- Tarzi, p. 31.
- Idem, p. 40.
- Zartman, p. 265.
- pector, p. 617.
- Zartman, p. 268.
- Kurtz.
- Idem.
- Smith, p. 13.
- Voir « Ex Afghan King Said to Agree To Role in Kabul for Taliban », dans le New York Times du 19 octobre 2001, et « US and Pakistan Share Afghan Goal » sur BBC News, 16 octobre 2001; les talibans ont finalement, à l’époque, refusé d’y prendre part.
- Zartman, p. 270.
- Huntington, Samuel. « The Clash of Civilizations? », dans Foreign Affairs 72, no 3, 1993, p. 22.
- Huntington, p. 49.
- Wardak, Ali, Daud Saba et Halima Kazem. Afghanistan Human Development Report 2007, Islamabad, Army Press, 2007, accessible en direct à l’adresse http://www.undp.org.af/Publications/KeyDocuments/nhdr07_complete.pdf, consulté le 26 février 2008, p. 4.
- Smith, Graeme. « Air Strikes and Drug Eradication », dans le Globe and Mail du 24 mars 2008.
- Dobbins, James et autres. The Beginners Guide to Nation Building, Santa Monica, Californie, RAND, 2007, p. xxiii.


