Comptes rendus

THE NAVAL SERVICE OF CANADA 1910-2010: THE CENTENNIAL STORY
Critique de: Jurgen Duewel
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THE NAVAL SERVICE OF CANADA 1910-2010: THE CENTENNIAL STORY
(Le service naval du Canada, 1910-2010 : cent ans d’histoire)
Richard H. Gimblett (Ed.)
Toronto: Dundurn Press, 2009
230 pages, 39,95 $
ISBN: 978-1-55488-470-4
Compte rendu: Jurgen Duewel
Richard H. Gimblett (PhD) est un officier de marine à la retraite et l’historien du Commandement maritime. Dans son ouvrage, il reprend le travail de treize historiens connus et respectés dans le domaine naval, pour nous raconter l’histoire de la Marine canadienne. Dans cet élégant ouvrage, l’auteur ne se contente pas de relater adroitement l’histoire de la Marine, il l’illustre également d’un grand nombre de photographies, de peintures et de plaques hors-texte qui apportent de la couleur au récit et font de ce livre un bel hommage au centième anniversaire de la Marine.
L’ouvrage est divisé en chapitres portant sur les périodes importantes de l’histoire de la Marine et offre quelques hypothèses sur son avenir. Parmi les habituels chapitres qui traitent des périodes de guerre et de paix, le lecteur aura l’heureuse surprise découvrir des sujets inattendus. À titre d’exemple, Harold Merklinger, ancien scientifique de la Défense de R & D pour la défense Canada – Atlantique (RDDC Atlantique), parle avec éloquence de la question souvent négligée de la recherche et du développement maritimes. M. Merklinger lève le voile sur certaines des contributions uniques du Canada en matière de guerre navale, notamment des merveilles comme l’hydroptère, le dispositif canadien anti-torpille acoustique (CAAT), le sonar à immersion variable (VDS), le système d’appontage (Bear Trap) et le système d’appontage d’hélicoptère ainsi que la célèbre boule de commande. Un autre ajout intéressant est le chapitre de Pat Jessup sur l’art naval de la Seconde Guerre mondiale. Ce chapitre dévoile d’autres dimensions de la vie dans la marine à cette époque et rappelle certaines des facettes et des expériences les plus saisissantes des hommes et des femmes qui ont combattu durant la guerre.
Le premier chapitre du livre décrit les événements qui jalonnent le chemin vers la création du Service naval par le premier ministre Wilfrid Laurier, le 4 mai 1910. Comme l’écrit Roger Sarty, en 1906, la Grande-Bretagne lance le HMS Dreadnought, un cuirassé révolutionnaire qui déclasse tous ses prédécesseurs. Le problème pour la Grande-Bretagne, à l’époque, est que soudainement, de nouvelles puissances navales, particulièrement l’Allemagne, ont presque atteint la parité avec elle en termes de nombres de navires de guerre. La panique du Dreadnought, en 1909 (devenue la crainte de la parité de l’Allemagne en 1912), pousse la Grande-Bretagne à informer ses colonies qu’elle ne pourra plus assurer leur défense maritime puisqu’elle a décidé de ramener ses forces navales plus près de ses côtes pour parer à la menace allemande émergente. En outre, la Grande-Bretagne s’attend à ce que ses anciennes colonies les mieux nanties, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, construisent leurs propres navires ou participent au financement de la construction navale britannique. Wilfrid Laurier décide alors que le Canada devrait construire sa propre marine, mais le chef de l’opposition (et bientôt premier ministre), Robert Borden, ne partage pas cet avis; il veut plutôt transférer des fonds à la Grande-Bretagne. Malheureusement, lorsqu’il prend le pouvoir, il ne fait ni l’un, ni l’autre. Résultat : le Canada, et par conséquent, la Marine canadienne, n’est aucunement prêt lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale. Il n’est donc pas étonnant que la Marine canadienne n’offre qu’une contribution minime, parfois même ridicule, à l’effort de guerre. À titre d’exemple, on apprend que la Colombie-Britannique acheta deux sous-marins pour la Marine et qu’un citoyen décida de faire sa part en lui donnant un yacht blindé. Durant la guerre, à l’un des moments les moins glorieux de cette époque pour le Service, le seul navire qui aurait eu l’occasion d’attaquer un sous-marin ennemi dans les eaux canadiennes, le NCSM Hochelaga, décide de tourner casaque plutôt que d’affronter l’ennemi.
Après l’armistice, l’avenir de notre jeune marine ne semble pas prometteur. Dans les débats parlementaires sur son rendement attisent le mépris du public et vont même jusqu’à rejeter sur la Marine une partie du blâme pour l’explosion de Halifax, le 6 décembre 1917. Bill Rawling explique bien comment le travail héroïque des Commodores Hose et Nelles a permis à la Marine de demeurer, entre les deux guerres, une force vivante, pertinente et cohérente, en faisant connaître parler d’elle et en concentrant ses opérations sur la surveillance des pêches ainsi que sur la recherche et le sauvetage. La Marine a en outre eu l’occasion de démontrer son utilité comme instrument politique du gouvernement en rescapant des Canadiens piégés par la guerre civile qui venait d’éclater en El Salvador.
Deux chapitres du livre sont consacrés à la Seconde Guerre mondiale. Donald Graves décrit efficacement l’ensemble de la campagne et dans le détail la participation de la Marine aux débarquements de Dieppe et de Normandie. Marc Milner traite de la participation du Canada à la bataille de l’Atlantique et il ne prend pas de gants pour expliquer comment la Marine, épuisée, sous-équipée et surexploitée, a dû être retirée des convois océaniques de décembre 1942 jusqu’à l’automne 1943 afin de se réorganiser. À fin de la guerre, toutefois, la Marine canadienne avait détruit 33 U-boot et avait établi sa viabilité.
La période de 1945 à 1960 a constitué, à bien des égards, les beaux jours de la Marine canadienne – elle avait à son effectif deux porte-avions, deux croiseurs et plus de 30 destroyers et frégates – mais sa fondation donnait des signes de faiblesse. Les problèmes de moral ont engendré un certain nombre d’actes de « mutinerie » ou plus précisément, pour citer Isabel Campbell, des « arrêts de travail ». Quoi qu’il en soit, ces incidents étaient suffisamment graves pour justifier la tenue d’une commission d’enquête menée par l’Amiral Rollo Mainguy. Dans son chapitre, toutefois, Mme Campbell qualifie ces incidents de « tempête dans un verre d’eau » et, à mon avis, elle marque à côté de la cible en remettant en question la valeur du rapport Mainguy. C’est à cette époque qu’est né le système divisionnaire de la Marine, système dont la Marine peut être fière et qui surmonté l’épreuve du temps. En plus d’empêcher que la Marine ne subisse d’autres « incidents », le système divisionnaire a joué un rôle capital en contribuant à éviter les problèmes de leadership qui ont fait surface dans d’autres services des Forces canadiennes (FC).
Dans son chapitre qui porte sur la Marine pendant les années 1960, Richard Mayne qualifie cette période d’années de crise. Il aurait aussi pu parler de « dur retour à la réalité ». À l’époque, on se demandait si la Marine devait conserver principalement une flotte de lutte anti-sous-marine (LASM) ou prendre de l’expansion pour établir une flotte « polyvalente » plus équilibrée. Il est rapidement devenu évident que les aspirations de la Marine, qui voulait constituer une flotte de 43 navires, dont un porte-avions, n’étaient pas réalisables du point de vue financier. M. Mayne explique que même si la Marine a mené un valeureux combat contre les réductions budgétaires et l’unification, sous la direction des Amiraux Rayner et Landysome, il était voué à la défaite. Malgré les batailles politiques qui faisaient rage à Ottawa dans les années 1970, la Marine a poursuivi son travail en mer, travail qui consistait, aux dires de l’Amiral O’Brien, à débusquer des sous-marins russes. Ironiquement, c’est à la fin de la guerre froide, qui a coïncidé avec l’arrivée des nouvelles frégates de classe Halifax, que la Marine est vraiment devenue « polyvalente ». C’est ce qu’elle a démontré en participant aux deux guerres du Golfe, à la guerre en Iraq et à la campagne de lutte au terrorisme qui se poursuit. Depuis le début du nouveau millénaire, particulièrement depuis les attentats du 11 septembre, les frégates canadiennes patrouillent le détroit d’Hormuz, elles mènent des opérations d’arraisonnement de navires contrevenants et de lutte à la piraterie dans le golfe d’Aden, des patrouilles antidrogues dans les Caraïbes et s’exercent dans l’Arctique canadien, qui prend une importance croissante au gré de la fonte des glaces.
Je crois que James Boutilier a fort bien résumé l’avenir de la Marine canadienne lorsqu’il a écrit qu’en 2025, le monde aura besoin plus que jamais d’une présence navale mondiale, que ce soit pour lutter contre les pêches illégales ou les migrations illégitimes ou encore pour participer aux opérations de secours en cas de catastrophe.
Laurier avait raison en 1910 et a raison encore aujourd’hui. Le Canada a besoin d’une marine. M. Gimblett a su soutenir cet argument de façon éloquente en écrivant un livre qui devrait figurer sur la liste de lecture de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du Canada et de sa Marine.
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