CRITIQUES DE LIVRES

Page couverture The CF and Arctic Sovereignty

Page couverture The CF and Arctic Sovereignty

The Canadian Forces and Arctic Sovereignty: Debating Roles, Interests and Requirements, 1968 1974

par P. Whitney Lackenbauer et Peter Kikkert
Waterloo, Ontario, Presses de l’Université Wilfrid Laurier, 2010
398 pages, 34,95 $ (couverture souple)
ISBN 13:978-1-92680-400-2

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Critique du Major Tony Balasevicius

En 2009, le gouvernement canadien a présenté sa nouvelle politique sur l’Arctique dans sa Stratégie pour le nord du Canada. Cette stratégie vise à permettre au Canada d’exercer sa souveraineté dans l’Arctique et d’aider le Nord à réaliser son véritable potentiel en tant que région dynamique et prospère du Canada. Bien que, de l’avis général, il soit grand temps que le Canada investisse davantage pour l’Arctique, les opinions diffèrent quant au choix de la méthode à privilégier pour atteindre l’objectif fixé. Plus précisément, certains analystes craignent que le gouvernement fasse appel aux Forces canadiennes (FC) plus qu’il n’est nécessaire pour rétablir sa souveraineté dans le Nord et que, par conséquent, certains objectifs de développement plus prioritaires soient mis de côté.

Désireux de mettre en perspective le débat sur la souveraineté, P. Whitney Lackenbauer, directeur du département d’histoire de l’Université St. Jerome (Université de Waterloo), a fait équipe avec Peter Kikkert, étudiant au doctorat en histoire de l’Université de l’Ouest de l’Ontario, pour rédiger The Canadian Forces and Arctic Sovereignty: Debating Roles, Interests, and Requirements, 1968-1974.

Produit sous la direction d’une équipe de rédacteurs en chef, cet ouvrage traite des recommandations et des arguments qui ont été présentés relativement au rôle des Forces canadiennes à l’égard de la souveraineté du Canada dans l’Arctique durant les années qui ont précédé et celles qui ont immédiatement suivi la présentation du livre blanc sur la défense de 1971. L’ouvrage est divisé en trois sections, soit une introduction, une série d’articles compilés par les rédacteurs en chef et une postface, rédigée par un expert reconnu dans le domaine de la sécurité dans l’Arctique, le professeur Rob Huebert, de l’Université de Calgary.

L’introduction présente un excellent aperçu des problèmes, faits marquants et débats qui ont servi de base à la rédaction des documents d’orientation dont il est question dans l’ouvrage. Elle décrit la réaction des FC à l’égard des directives du gouvernement concernant les questions militaires liées à l’Arctique et fait ressortir les divisions entre les divers ministères sur les moyens à prendre pour établir la souveraineté. La rigueur de l’analyse présentée dans la première section et le soin qui a été apporté au style facilitent la lecture de l’exposé des diverses questions.

La deuxième section, qui constitue la partie centrale du livre, renferme 63 articles. Elle donne d’abord un aperçu des définitions initialement proposées par le gouvernement pour cerner le concept de la souveraineté puis décrit le rôle que les Forces canadiennes ont joué pour soutenir les revendications territoriales en Arctique. Les arguments sont ensuite regroupés dans une étude de cas où sont exposés le point de vue et la réaction du gouvernement relativement au franchissement du passage du Nord‑Ouest par le pétrolier S. S. Manhattan, en septembre 1969.

Vient ensuite un compte rendu du travail de planification des opérations en Arctique que le ministère de la Défense nationale (MDN) a réalisé. Les rédacteurs en chef donnent un aperçu unique de l’analyse que les planificateurs du Ministère ont faite pour cerner les menaces possibles, le rôle des intéressés et les ressources qui pourraient être mises à la disposition des responsables de la mission en Arctique. Rédigé dans le cadre de cet exercice de planification, le document Concept of Operations for the Canadian Forces Northern Region, daté du 14 juillet 1970, est particulièrement important. Ce document, qui a été classifié pendant des années; résume bien l’interprétation que les FC ont donnée aux arguments présentés et les directives qui leur avaient été fournies à l’époque.

Figurent ensuite des données éclairantes sur le contexte entourant l’adoption de ce qu’on appelle aujourd’hui l’approche pangouvernementale à la conduite des opérations. Les relations qu’entretiennent les Forces canadiennes avec les autres ministères sont expliquées ainsi que, dans une certaine mesure, les moyens que chacun pourrait prendre pour veiller à ce que les intérêts communs soient servis. Il ressort des articles présentés que l’approche pangouvernementale n’est pas utile qu’aux fins de la gestion de l’espace de combat moderne, car il semble qu’elle était déjà utilisée couramment au sein du gouvernement, et cela, dès le début des années 1970.

La section se termine par une description de la réaction du ministère des Affaires extérieures aux versions préliminaires du livre blanc sur la défense et une analyse d’un certain nombre d’extraits de comptes rendus des délibérations de la Chambre des communes et de rapports qui permettent de cerner avec précision le rôle que les Forces canadiennes ont joué dans l’Arctique durant la période visée. La lecture de ces documents est parfois ardue. Toutefois, les rédacteurs en chef ont organisé les articles et les arguments d’une manière vraiment efficace, de façon à présenter les thèmes principaux selon un ordre logique.

Rédigée par M. Huebert, Ph. D., la postface est intéressante et présente au lecteur diverses facettes de l’analyse qui est faite dans la première section. M. Huebert fait ressortir bon nombre des contradictions inhérentes au choix des mesures que le gouvernement a prises relativement à l’Arctique et défend d’une manière convaincante l’idée que le gouvernement n’a pas fait tout ce qui aurait pu être fait, parce que son approche était de s’en tenir à des solutions peu coûteuses pour régler les problèmes.

Le livre The Canadian Forces and Arctic Sovereignty est un ouvrage envoûtant à bien des égards; en effet, les auteurs ont su bien doser l’information et les données analytiques présentées pour permettre au lecteur de comprendre les démarches entreprises par le gouvernement de 1968 à 1974 en vue de trouver des solutions aux problèmes liés à la souveraineté du Canada dans l’Arctique. P. Whitney Lackenbauer et Peter Kikkert ont donné aux Canadiens une source de renseignements bien documentée qui demeura sans aucun doute pertinente dans les années à venir. Comme Peter Huebert l’a fait remarquer avec justesse, « bon nombre des arguments qui ont influé sur les choix du gouvernement dans les années 1960 et 1970 ressemblent étrangement à ceux qui sont présentés de nos jours ». Une bonne partie du matériel présenté dans ce livre est encore d’intérêt pour les chercheurs, les analystes et les décideurs, tout simplement parce que le débat sur les priorités du gouvernement concernant l’Arctique ne semble pas avoir beaucoup changé au fil du temps.

Le Major Tony Balasevicius est un officier d’infanterie des plus expérimentés. Il a fait partie de l’équipe qui s’est penchée sur le « concept d’intégration de l’Arctique » et dirige actuellement celle qui est chargée de définir le concept d’habilitation du renseignement, de la surveillance et de la reconnaissance des Forces canadiennes.